COPENHAGUE, 19 avr 2007 - Danemark: Un député compare le foulard islamique à la croix gammée nazie

Un député du Parti du peuple danois (PPD, parti populaire danois), allié parlementaire du gouvernement libéral-conservateur , a soulevé un débat houleux jeudi au parlement en comparant le foulard islamique à la croix gammée nazie.

"Le foulard (islamique) est un symbole totalitaire qui est à comparer avec les symboles que nous connaissons de la croix gammée du nazisme et du communisme", a déclaré au parlement Soeren Krarup, porte-parole du PPD.

"L'Islam est un système totalitaire qui correspond aux systèmes totalitaires que nous avons eus en Europe, et les symboles reflétant l'islam et le nazisme sont une seule et même chose", a-t-il jugé, suscitant des réactions indignées de la majorité des parlementaires.

Cette référence au foulard fait suite à la déclaration la veille d'une candidate aux élections législatives (qui doivent avoir lieu au plus tard en février 2009), Asmaa Abdol-Hamid, de porter le foulard si elle était élue au Parlement au sein de La Liste de l'Unité (ex-communistes) .

Le Premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen (libéral), a pris ses distances avec cette comparaison du foulard à la croix gammée.

"Je suis en désaccord avec Soeren Krarup et je n'aime pas du tout cette comparaison. Le symbole nazi est le symbole des idéologies les plus totalitaires que le monde ait connues alors que le foulard est un symbole religieux", a-t-il affirmé sur la chaîne TV2.

Mais M. Krarup est "dans son bon droit lorsqu'il dit que le foulard est un symbole totalitaire sur le même pied d'égalité que les symboles totalitaires que nous connaissons du nazisme et le communisme", a-t-il estimé.

"Nous avons une liberté d'expression étendue dans ce pays, et il doit y avoir la liberté pour que tout un chacun puisse exprimer ses points de vue", selon M. Rasmussen.

Soren Krarup

Tout commence avec les problèmes d'immigration :

Entre 1969 et 1972, l'économie danoise, en pleine expansion, embauche vingt mille travailleurs venus de Turquie, du Pakistan et du Maroc. Vis-à-vis de l'administration, ces migrants sont des « travailleurs invités », gæsarbejdere, ou des « travailleurs étrangers », fremmedarbejdere , soit des résidents provisoires. D'ailleurs, dès 1973, la crise pétrolière met fin à cette expérience d'immigration économique. La plupart de ces étrangers, entrés légalement sur le territoire et pourvus de titres de séjour, ont néanmoins la ferme intention de s'installer au Danemark et d'y faire venir leurs familles... alors que leurs hôtes naïfs n'en ont pas conscience... De 1974 à 1983, le nombre d'étrangers présents au Danemark s'accroît peu à peu, jusqu'à l'année 1983 où un gouvernement conservateur promulgue une Loi sur les Etrangers extrêmement libérale....

les problèmes liées à l'intégration de ces populations font fleurir un grand débat politique dont Soren Krarup est l'un des éléments important .

Fondateur d'un Comité contre la Loi sur les Etrangers , il écrira alors:

« Depuis plus de mille ans nous avons, dans ce pays, fondé une nation avec une religion commune, un langage commun, une culture et une histoire communes. Cette communauté nationale ne peut pas et ne doit pas être balayée d'une pichenette pour satisfaire à des intérêts économiques ou idéologiques. L'amour du pays natal est le plus beau des sentiments humains, lui seul génère le sens de l'honnêteté et de la bienséance. La communauté nationale d'un vénérable Etat-nation est le sanctuaire de la famille et du peuple. "

« Nous pouvons bien sûr accueillir des invités, et nous devons ouvrir nos portes aux gens dans le besoin, voire même leur offrir une résidence permanente. Mais nous ne devons le faire qu'à une seule condition : admettre qu'il existe une différence entre un hôte et ses invités. Faute de quoi un pays natal devient un hôtel ; la famille et la communauté de naissance sont en danger ; et quantité de conflits surgissent qui ne se résoudront pas, qui ne pourront pas se résoudre, pacifiquement. Un foyer n'est pas un hôtel. Il y a une différence entre les Danois et les étrangers, entre les chrétiens et les mahométans. Toutes ces différences doivent être reconnues et respectées. »

Pourtant dès l'année suivante, 1984, les choses se gâtent. Par l'effet de la Loi, le nombre de réfugiés politiques passe brutalement de 332 à 4 231 (or il n'y a que 5 millions d'gabitants au danemark !) En 1985, les effets de la Loi sur les Etrangers s'accélèrent, car 8 698 réfugiés obtiennent le droit d'asile : en deux ans, leur nombre s'est multiplié par ... 26.

En 1987, Krarup fonde une organisation patriotique, l'Association Danoise, Den Danske Forening. DDF prétend réunir d'anciens résistants (parmi lesquels des juifs) décidés à faire cesser « la nouvelle Occupation » de la patrie, « submergée par le raz-de-marée de l'immigration de masse venue du Tiers-Monde » .

« Je suis un enfant de l'Occupation. A l'automne 1942, mes parents sont entrés dans la clandestinité pour participer à la résistance contre les Allemands. Comme tant d'enfants de l'Occupation, j'ai alors reçu l'impression indélébile de ce que signifient la liberté et l'indépendance de notre patrie. »



En quelques semaines, la proposition politique de DDF connaît un succès triomphal : Soren Krarup et les chefs de file de l'Association deviennent omniprésents à la télévision et donnent d'innombrables interviews dans la presse écrite. Les médias sollicitent leur avis sur tous les problèmes de société. Aussi lancent-ils des campagnes d'opinion et encouragent-ils leurs adhérents à écrire sans relâche aux directeurs de journaux.

Les services statistiques, il est vrai, se signalent par l'invention d'une nouvelle catégorie qui ne prend pas en compte la nationalité des individus vivant sur le sol danois : celle des « immigrants et descendants ». Car on commence à penser que le « problème de l'immigrant » n'a pas été résolu et qu'il subsiste à la deuxième génération, y compris dans les cas où les « descendants » parlent danois et sont devenus Danois. Le « problème », quelques universitaires le suggèrent déjà, viendrait de leur culture religieuse d'origine, l'islam.

A la fin 1995 se créé le Parti du Peuple Danois que rejoind Krarup.

Elue présidente à l'unanimité par le premier congrès du parti (1996), Pia Kjaersgaard avance un programme de choc : retour à une société mono-ethnique par une nouvelle Loi sur les Etrangers et la renégociation des traités internationaux ; aggravation des sanctions pénales ; mesures énergiques en faveur des gens âgés ; refus de toute réduction supplémentaire de la souveraineté danoise par l'Union Européenne ; et enfin, pour mémoire, abaissement de l'impôt et dépérissement de l'Etat. DF remporte 13 sièges de députés et 7,4% des voix aux élections générales de 1998 ; et, en 1999, un siège au Parlement européen.

Elections générales, en novembre 2001 : En février 2001, la branche Jeunes du DF sort un placard publicitaire dans un journal étudiant : deux photos légendées, dont l'une montre trois belles filles scandinaves sur fond d'arbres, de soleil et de ciel bleu --

« Le Danemark aujourd'hui » ;

et l'autre, trois brutes sanglantes brandissant un Coran --

« Le Danemark dans dix ans ». Moralité : « Viols de masse, violences, mariages forcés, guerre des gangs. Est-ce vraiment ce que vous voulez ? »

Interviewée, la direction du Parti se défausse du problème (ce sont des jeunes), tout en s'étonnant qu'on puisse trouver à redire à une telle annonce.



En mai, les Jeunes du Parti Populaire récidivent. Cette fois, la photo représente trois musulmans masqués et couverts de sang, et la légende précise :

« Viols collectifs, violence sauvage, peur de l'insécurité : ce que promet une société multi-ethnique ».

Cinq militants étudiants sont inculpés. Skarup répète que les Jeunes n'ont fait qu'user de leur droit à la liberté d'expression. Pia Kjærsgaard publie alors son livre-programme, l'Avenir du Danemark, votre pays, votre choix. Elle y énumère les mesures propres à garantir le retour à une société mono-ethnique : arrêt immédiat et total de l'immigration ; rapatriement forcé de la majorité des étrangers ; obligation faite à ceux qui restent d'adopter les « coutumes danoises » (les femmes ne doivent pas être voilées, tout le monde doit parler danois) ; et enfin, révocation de la citoyenneté danoise en cas de délinquance.

Adviennent alors, les attentats du 11 septembre 2001 : en quelques semaines, l'opinion danoise est interpellée par la question de « l'islam ». Le congrès du DF a lieu cinq jours plus tard, le 16 septembre 2001. A la tribune, le leader des Jeunes ouvre le feu :

« L'islam n'est pas une religion au sens traditionnel du terme. C'est une organisation terroriste, qui veut dominer le monde par la violence. »

Mogens Camre, le député européen, lui emboîte le pas :

« Tous les pays occidentaux sont infiltrés par les Musulmans. Leurs gentils garçons attendent d'être suffisamment nombreux pour nous assassiner. »

Les leaders du Parti n'en rajoutent pas, mais ils laissent dire. Ni la police, ni la justice, ni même l'opinion ne considèrent pourtant qu'il s'agit là de « racisme » .

En Novembre au moment de la campagne électorale, le DF poursuit logiquemeny son discours -- montrant une blonde Danoise :

« Quand elle prendra sa retraite, le Danemark aura une majorité musulmane » --

Les deux partis de droite, Libéral et Conservateur, ne craindront pas de s'allier avec le Parti du Peuple Danois. S'ensuivront : la mise en oeuvre d'une brillante réussite électorale, une politique de l'immigration relativement conforme au programme annoncé, le soutien massif de l'opinion puis, en 2005, une honorable réélection.

Puis survint l'affaire des caricatures qui montra malgré cet état de fait politique combien parler de l'islam devenait de plus en plus difficile au Danemark. De trop peu nombreux dessinateurs eurent l'audace de l'évoquer dans un journal danois, à la demande de celui-ci ... et vous connaissez tous la suite tragique ( pour la démocratie danoise comme pour l'honneur Européen )...

Mais visiblement cela n'a pas tué la liberté de parole et la détermination des membres du PPD. Nous resterons donc attentifs à ce que cela donnera aux prochaines élections ...

Rappel d'autres articles sur le Danemark :

http://www.occidentalis.com/blog/index.php/ca-bouge-au-danemark http://www.occidentalis.com/blog/index.php/danemark-un-an-apres