Son ami lui demande donc de quoi il s'agit et elle le lui dit. Il s'écrit alors "Israël tue d'innocents civils". Elle lui répond qu'il fait là le jeu des terroristes qui veulent mettre en avant et provoquent, recherchent la mort de "civils" de leur propre camp, qu'ils prennent eux-mêmes en otage, qu'ils laissent dans leurs principaux bâtiments remplis de bombes. Elle lui répond encore que les membres du Hezbollah eux-mêmes peuvent passer pour des civils puisqu'ils sont miliciens, qu'ils n'appartiennent pas à une armée officielle; qu'Israël cherche donc à viser des points ciblés mais que de grands risques existent avec des ennemis de la sorte, qui se fichent de la mort même de leurs compatriotes, qui comptent sur leur mort pour gagner la bataille diplomatique et faire d'Israël, le bourreau.

Quiconque connaît un peu les réalités du proche-orient sait que tout cela est vrai. Seuls les naïfs, les idiots, les anti - israéliens ou les antisémites ne le comprennent pas ou ne veulent pas le comprendre. Il semble malheureusement qu'il faille ranger beaucoup de gens dans ces trois - quatre catégories.

Car voilà que son ami, non convaincu mais à court d'argument - autres que "oui mais quand même, tous ces morts" - lui répond : "Ecoute je veux qu'on reste en bon terme alors parlons d'autre chose". Voici qu'il lui raconte donc ses histoires d'amour, qu'il doutait depuis longtemps de ses sentiments envers les femmes, qu'il savait qu'il était plus attiré par les hommes, qu'il n'avait jamais osé mais que ça y'est, c'est fait, il le dit, il est homosexuel, et il le fait. Quel rapport me direz-vous?

Eh bien cet ami lui a raconté ce qui le souciait le plus. Et mon amie l'a écouté. Pourtant, au fond d'elle, elle trouve qu'il y a quelque chose d'immoral dans l'homosexualité, elle sait que tout le monde ne peut être comme ça - et la morale kantienne lui donne raison. Mais enfin, elle pense aussi que chacun fait globalement ce qu'il veut avec son corps, tant qu'il est majeur et vacciné, et les homosexuels ne la dérangent pas, elles ne se pose pas les questions du Bien ou Mal tous les jours. Ca ne la regarde pas, tout simplement. Elle a beaucoup d'amis homosexuels, les écoute souvent et les trouve même plus sympathiques, plus sensibles, plus compréhensibles.

Oui mais elle? Qu'est-ce qui la tracasse? Eh bien c'est justement cette guerre que les Israéliens mènent pour se défendre et pour défendre avec eux tout le peuple juif, tous les peuples libres, le monde libre, la liberté. Ce qui la tracasse c'est que 200 kilomètres au nord de là où elle se trouve pour ses vacances, il y a un homme très écouté qui crie à la destruction d'Israël, qui parle des juifs publiquement comme des gens à abattre - au mieux, à soumettre. Ce qui la tracasse, c'est que quelques centaines de kilomètres à l'est il y a un pays qui les soutient depuis longtemps de diverses manières, la Syrie; et un autre, encore un peu plus loin, qui leur donne des armes, et dont le chef déclarait récemment, encore et encore, qu'Israël devait être rayé de la carte, que la solution pour la paix au proche-orient était la disparition d'Israël. Ce qui la tracasse, c'est qu'au quatre coins du monde, on parle d'une autre Shoah pour les juifs et on lit et relit à la lettre un livre où les juifs sont traités de porcs et de singes. Ce qui la tracasse encore, c'est que ceux qui devraient en théorie défendre les mêmes valeurs qu'elles, le Monde Libre, l'Occident, l'Europe, et d'abord son pays, la France, font plus pression sur Israël pour arrêter la guerre que ne l'aident à la gagner. Ce qui la tracasse, c'est qu'on veuille encore aujourd'hui détruire les juifs, en faire des sans droit ou en faire des soumis et que personne - ou peu - ne les défendent. Ce qui la tracasse, c'est qu'on lui dise que la France fait beaucoup en proposant d'envoyer des troupes, dans une force internationale, après le cessez - le feu, alors que les troupes françaises comme celles d'autres pays, au nom de la défense de la liberté et du monde moderne, devraient aider Israël à gagner cette guerre. Ce qui la tracasse encore, sans jamais finir, c'est d'apprendre que des gens qu'elle connaît sont en ce moment au combat, risquant leur vie à chaque seconde. Ce qui la tracasse, c'est que les connaissant, elle sait que ce sont des gens biens, honnêtes, droits et tolérants, mais on ne leur reconnaît même pas ces qualités. Ce qui la tracasse enfin, c'est que civils et militaires israéliens, eux n'ont pas eu le droit à une remarque de compassion de la part de celui qu'elle disait son ami.

Mais elle, non, elle n'a pas le droit de raconter tout cela à son ami, "pour rester en bons termes". Et ceci n'est qu'un exemple de ce que ressentent chaque jour, nombre de juifs en France, et plus largement en Europe. Si elle avait dit à son "ami" que l'homosexualité restait tout de même quelque chose d'anormal, d'immoral, quelque chose qui ne peut être que limité si on veut se reproduire naturellement. Si elle n'avait parlé que même des principes, sans s'adresser à lui. Si elle lui avait dit une once de ce que la raison peut montrer, de ce que chacun pense, au fond, mais que chacun, comme elle, garde pour soi, au nom de la "tolérance" - mais qui n'est en fait qu'une conséquence de l'esprit libertaire omniprésent en occident, comme aussi en Israël, d'ailleurs: elle aurait sûrement été traitée d'homophobe. Lui, il a pu lui faire ses remarques et l'empêcher d'exprimer son mal - être et personne ne l'a traité de quoique ce soit. Pas même ce blog ... Voici pourquoi, quelque soit la situation de tels ou tels peuples, nous pensons que malheureusement, celle des juifs n'en finit pas d'être singulière et tragique.

Gad. Merci à cette jeune fille pour sa contribution.