La question des rapports entre l’islam et de l’”arabité” est immense et toujours d’actualité, surtout depuis l’échec du nationalisme panarabe dans les années 1970. Disons que dès le départ, les rapports sont ambigüs: Muhammad est arabe, et la prédication qu’il conçoit est diffusée en langue et en écriture arabe. La divinité qu’il veut imposer parle arabe.Tous les disciples importants, tous les responsables contemporains ou futurs de Muhammad sont arabes. Il s’ensuit bien sûr que grâce à la nouvelle religion, les populations arabes acuqièrent un prestige et un pouvoir considérable sur les autres. Mais l’arabité de la doctrine est en contradiction avec l’ambition universaliste qu’elle développe peu à peu. Déjà du temps de la prédication, les Arabes sont perçus comme des adversaires de cette révolution religieuse, et encore plus s’ils sont bédouins, c’est-à-dire encore plus arabes par leur mode d envie. La contradiction est encore plus brutale quand l’islam intègre d’autres cultures, perse, turque, etc...

Nous présentons ici quelques versets et hadiths qui montrent la complexité du phénomène, et pour finir les clairvoyantes observations d’Ibn Khaldoun.

La langue arabe (Mahomet, Coran 20/112) Nous l’avons fait descendre sous forme d’un révélation en langue arabe et nous y avons adressé aux hommes des menaces.

La langue arabe (Mahomet, Coran 16/1945-6) C’est une révélation en langue arabe pure et cela se trouve certes dans les écritures des anciens.

Le plus éloquent (Tabari, Histoire des prophètes I 29). Par l’air et le séjour dans leur pays,les enfants grandissaient et devenaient forts et apprenaient à bien parler l’arabe.; car la langue des Banu Sa’d est la plus pure d’ Arabie. Notre prophète a dit: je suis le plus éloquent des Arabes et des Perses ; je suis de la tribu des Quraysh et j’ai été élevé chez les Banu Sa’d.

Prophétie sur les Arabes (Daoud 35/4252). Le prophète a dit: il y aura une guerre civile qui va anéantir les Arabes, et leurs morts iront en enfer. Pendant ce temps, la langue sera plus douloureuse que les coups du sabre.

La terre des Arabes (Muwatta 45/5,17). Une des dernières choses que le messager d'Allah a dit était:

-Qu'Allah combatte les Juifs et les chrétiens. Ils ont pris les tombes de leurs prophètes comme endroit de prosternation. Deux religions ne peuvent pas co-exister sur la terre des Arabes.

L’heure des Turcs (hadith Boukhari 52/179). Il existe une serie de hadiths concernant les Turcs, décrits comme des Asiatiques et un danger pour les Arabes: ces textes sont clairement apocryphes, car les peuples turcs sont encore bien loin de l’Arabie au VIIème siècle.

L’apôtre d’Allah a dit: l’heure ne sera pas établie avant que vous ne combattiez les Turcs; un peuple de gens avec des petis yeux, des visages rouges et des nez plats. Leurs visages ressembleront à des boucliers couverts de cuir. L’heure ne viendra pas avant que vous ne combattiez des gens dont les chaussures seront en poils.

Le droit du sol arabe (Muwatta 27/12,14). Omar ibn Khattab a refuse à quiconque d’hériter de non-Arabes, sauf si cette personne est née parmi les Arabes. (...) Si une femme enceinte arrive d’un pays ennemi et donne naissance en terre arabe de façon à en faire un enfant arabe, il en héritera si elle meurt, et elle héritera si il meurt, par le livre d’Allah.

(Ibn Khaldun, Muqaddima II 27 ). Ibn Khaldun utilise le mot “Arabe” pour désigner en fait les bédouins nomades; il analyse avec clairvoyance les conditions sociales de l’essor de l’islam. La cause en est, poursuit-il, que les Arabes, en raison du caractère sauvage qui est en eux, sont le peuple le moins accessible à la subordination des uns aux autres. Cela est dû au fait qu'ils sont rudes, fiers et ambitieux et qu'ils rivalisent pour la suprématie; aussi est-il rare que leurs désirs s'accordent. Mais s'ils adhèrent à une prophétie ou au charisme d'un saint, la régulation se produit à l’intérieur d'eux-mêmes. Le tempérament d'orgueil et de rivalité disparait de leur comportement, ils deviennent faciles à soumettre et à rassembler. Ils sont totalement investis par la religion qui fait disparaitre leur rudesse et leur arrogance, qui réfrène leur jalousie et leur compétition mutuelles. Dès lors qu'il y a chez eux un prophète ou un saint, celui-ci les incite à soutenir la cause d’Allah, fait disparaître ce qui, dans leurs mœurs, mérite la désapprobation au profit de ce qui y mérite la louange. Il fait régner entre eux l'accord pour faire triompher la vérité. Alors leur union s'accomplit parfaitement. Et se réalisent alors pour eux la domination et la souveraineté.

Yaqub, Kitab al Kharaj Nous les Arabes étions humiliés, les autres nous foulaient aux pieds et nous ne les foulions point; alors Allah envoya un prophète d’entre nous et l’une de ses promesses fut que nous conquérrions ce pays et le vaincrions.

L’avis d’Ibn Khaldun (Livre des Exemples ). Le sociologue Ibn Khaldun analyse avec dureté la situation des Arabes, qu’il distingue encore fortmeent des musulmans, plusieurs siècles après l’Hégire. Il note avec acuité le rôle de la religion dans la transformation de la société.

De tous les peuples, les Arabes sont les plus incapables de gouverner. La cause en est qu'ils sont le plus bédouin de tous les peuples, celui qui erre le plus profondément à l'intérieur des déserts, celui qui sait le mieux se passer des objets de première nécessité et des grains des régions cultivées, tant ils sont accoutumés à une vie dure et grossière, si bien qu'ils se suffisent à eux-mêmes. Leur goût et la rudesse de leurs moeurs font qu'ils n'acceptent que difficilement d'être soumis les uns aux autres; lorsque leur chef fait appel à eux, c'est le plus souvent à cause de l'esprit de corps qui les pousse à assurer leur commune défense, et il est obligé de n'exercer son autorité qu'en les ménageant et se garder de les contrarier, de peur de voir cet esprit de corps lui manquer, ce qui serait sa perte et la leur: or l'art de gouverner un empire ou un royaume exige que celui qui gouverne contienne par la force ses sujets dans leur devoir, sinon il ne gouvernera pas correctement. En outre, il est du naturel des Arabes, comme je l'ai déjà dit, d'arracher aux autres ce qu'ils possèdent en propre, et ils ne s'occupent de rien d'autre : ni d'arbitrer leurs différends, ni de les protéger les uns contre les autres. Si donc ils deviennent les maîtres d'un peuple quelconque, le but qu'ils assignent à leur domination est d'en profiter pour lui prendre ce qu'il possède, et ils négligent tout autre souci gouvernemental. Souvent ils remplacent par des amendes pécuniaires les châtiments corporels destinés à punir les mauvaises actions, se proposant d'augmenter par là leurs revenus et de profiter davantage . Pareille pratique est incapable de contenir les hommes dans leur devoir, et souvent même elle pousse au mal, car celui qui a dessein de mal faire considère ce qu'il doit débourser de la sorte comme de peu d'importance en regard de ce que lui assure la réalisation de son dessein ; en conséquence, les crimes se multiplient, ce qui amène la ruîne de la civilisation. Un tel peuple reste donc comme s'il était dépourvu de gouvernement, chacun cherche à voler le voisin, la civilisation ne peut plus se développer correctement et est rapidement ruinée par l'anarchie, comme j'ai déjà dit.

Pour tous ces motifs, le naturel des Arabes les rend donc incapables de gouverner un empire : ils ne peuvent parvenir qu'après avoir modifié leur caractère sous l'influence d'une religion qui efface d'eux tous ces défauts, leur fasse trouver un frein dans leur propre conscience, et les pousse à protéger les hommes les uns contre les autres, comme j'ai déjà dit.

A titre d'exemple, considère ce qu'il en fut de leur pouvoir lorsque, devenus musulmans, la religion leur offrit une base ferme de gouvernement dans la loi et celles de ses stipulations qui sauvegardent, aussi bien d'une manière externe que d'une manière interne les intérêts de la civilisation : les califes d'alors appliquent quant les uns après les autres ces prescriptions; leur empire devint considérable et leur pouvoir très fort. Lorsqu’il vit les musulmans se rassembler pour la prière, Rustem s’écria: Omar me ronge le coeur: il enseigne aux chiens la bonne éducation!

SOURCE : http://islam-documents.com/public/Les-arabes-geographie-histoire-civilisations.pdf