C'est alors, qu'au hasard de nos lectures, nous sommes tombés sur un livre écrit en 1779 sous le règne de Louis XVI par l'Abbé de Vertot. Malgré la distance de plus de deux siècles, vous verrez que le problème est le même entre cette barbarie musulmane d'hier et celle d'aujourd'hui.

Voici l'histoire : DES CHEVALIERS HOSPITALIERS DE SAINT-JEAN DE JERUSALEM APPELES DEPUIS CHEVALIERS DE RHODES & AUJOURD'HUI CHEVALIERS DE MALTE. PAR M. L'ABBE DE VERTOT, DE L'ACADEMIE DES BELLES-LETTRES, ETC... A Lyon chez Faucheux, Imprimeur-Libraire — Quai et Maison des Célestins 1779 avec Permission (extrait p 206 à 210)

Depuis plusieurs siècles, il s'était établi dans les montagnes de Phénicie, entre Tortose ou Antarade, comme on l'appelait en ce temps-là, la ville de Tripoli, une espèce de bandits, en apparence mahométans, mais qui n'avaient guère pris de cette secte que la haine du nom chrétien : barbares sans loi, sans foi, et qui n'avaient pour religion qu'un dévouement aveugle à toutes le volontés de leur chef : les crimes les plus affreux devenaient par les ordres des vertus héroïques. Ils choisirent ce commandant à la pluralité des suffrages. Il ne prenait point d'autre qualité que celle de Vieux ou de Seigneur, senior, terme dont en ce temps-là, on fit celui de Seigneur, qui dans la basse latinité signifie la même chose : et se disait seigneur de la montagne, par rapport au pays montueux que ces bandits occupaient.

Mais sous ce titre et une qualité si modeste, ce chef des assassins jouissait d'une autorité plus absolue que celle des plus grands rois. Sa puissance était d'autant plus solide qu'elle était fondée sur un principe de religion, et qu'on élevait ces peuples féroces et ignorants dans l'exécution des ordres de leur chef, ils allaient prendre les premières places dans un paradis délicieux. Le seigneur de la montagne se servait de ces malheureux pour se défaire de ses ennemis particuliers, ils allaient poignarder les princes mêmes et les souverains juifs dans leur palais et au milieu de leurs gardes. C'était comme une école et une académie d'assassins ; la crainte des tourments les plus affreux n'empêchait point ces barbares d'exécuter de si cruelles commissions. Pour ne se pas rendre suspect, ils ne portaient point ordinairement, d'autres armes qu'un poignard, appellé en langue persane hassisin : on leur en donna le nom, dont nous avons fait celui d'assassin. Ce petit état ne consistait qu'en quelques châteaux bâtis sur la croupe des montagnes, ou sur de rochers inaccessibles ; mais il y avait dans les gorges de ces montagnes et dans les vallées, un grand nombre de villages habités par plus de soixante mille personnes, tous cruels, fanatiques, meurtriers par principe de conscience, et si déterminés, que la plupart des princes voisins, beaucoup plus puissants, n'osaient cependant leur faire la guerre. On rapporte qu'un sultan de Damas ayant fait dire par son envoyé à un seigneur de la montagne, appelé Hacen, qu'il ruinerait son petit état s'il ne lui payait tribut ; ce chef des assassins, sans lui répondre, commanda, en présence de cet envoyé, à un de ses sujets de se précipiter du haut d'une tour, et à un autre de s'enfoncer un poignard dans le coeur et qu'ils obéirent à l'instant. Alors Hacen se tournant vers l'ambassadeur qui n'avait vu qu'avec frayeur un si étrange spectacle : Rapporte à ton maître, lui dit-il, que j'ai soixante mille hommes aussi dévoués à mes ordres que ces deux hommes : et depuis ce temps-là, le seigneur de la montagne n'entendit plus parler des prétentions du sultan. D'autres historiens prétendent que ce fut un comte de Champagne, qui allant avec un sauf conduit du seigneur de la montagne, de Tyr à Antioche, et passant par ce petit état, fut témoin d'un si horrible spectacle.

La plupart des souverains, chrétiens et mahométans, pour se soustraire à la fureur de ses assassins, envoyaient des présents magnifiques à leur chef. Les templiers, qui occupaient des places voisines de leur pays, étaient les seuls qui eussent osé leur faire la guerre, et tâché de purger la terre de ces monstres. Mais comme ces barbares, qui auraient pu s'en venger fut le grand-maître de cette religion, n'ignoraient pas que l'ordre, gouverné en forme de république, ne finirait point quand ils en auraient tué le chef, et qu'il serait aussitôt remplacé par un successeur aussi animé à leur faire la guerre, pour obtenir la paix, ils s'assujettirent à la fin de payer à l'ordre un tribut de deux mille écus d'or par an.

Le seigneur qui commandait alors dans ces montagnes, soit par un motif de religion, soit pour s'affranchir de ce tribut, envoya un ambassadeur au roi de Jérusalem, pour lui témoigner qu'il était prêt de se faire baptiser avec tous ses sujets, si les templiers voulaient le décharger de ce tribut. Amaulry reçut avec joie cette proposition, promit l'extinction du tribut, dont il s'engagea d'indemniser les templiers, combla de présents l'envoyé et à son retour il le fit accompagner, dit Guillaume de Tyr, par un de ses gardes, qui avait ordre de le conduire jusques sur les frontières de l'état. Il s avaient déjà passé Tripoli, et ils étaient prêts d'entrer dans les détroits des montagnes, lorsqu'un templier, appelé du Mesnil, emporté par l'animosité qui était depuis si longtemps entre les chrétiens et les assassins, et sans égard ni à la foi publique, ni à la sauve-garde du roi, passa son épée au travers du corps de l'envoyé et le tua sur le champ.

On ne peut exprimer la colère et l'indignation du roi, quand il apprit qu'on avait violé si malheureusement le droit des gens, et surtout à l'égard d'un chef de bandits, qui pour user de représailles, ne manquerait pas d'assassins. Il envoya demander aussitôt le criminel à Odon de Saint-Amand, alors grand-maître de cet ordre ; mais Odon le refusa sous prétexte que son religieux n'était pas justiciable des officiers royaux. Ce n'est pas qu'il ne convint du crime que le templier avait commis, il l'avait même fait arrêter et mis dans les fers. Mais comme il s'agissait de la compétence des juges et qu'il prétendait que les templiers ne relevaient que du pape, il déclara qu'il allait envoyer à Rome le criminel chargé de chaînes et qu'en attendant son jugement, il défendait, sous peine d'excommunication et conformément aux privilèges de l'ordre, à qui que ce fut d'attenter à sa personne.

Le roi, sans s'arrêter à ces protestations, fit enlever le criminel et le fit conduire à Tyr dans les prisons et ce prince pour satisfaire à la justice et aux ressentiment du seigneur de la Montagne, en aurait fait faire une punition exemplaire, si la mort dont il fut prévenu dans cette conjoncture, n'avait sauvé la vie au prisonnier.

Peretti.