GENOCIDE Le grand mufti de Bosnie dit craindre un génocide des musulmans en Europe

25 septembre 2006

Les musulmans d’Europe pourraient faire face au risque d’un génocide, comme celui subi par les juifs pendant la Seconde guerre mondiale, a estimé le grand mufti de Bosnie Mustafa Ceric, interrogé par la BBC, s’inquiétant de tensions croissantes vis-à-vis des musulmans.

"J’ai peur que les musulmans subissent le même traitement que les juifs en Europe si les choses n’évoluent pas (...) j’espère que l’islamophobie qui est maintenant en Europe et en Occident ne débouchera pas sur un holocauste musulman", a-t-il déclaré dans une interview qui sera diffusée ce week-end sur la radio BBC World service.

Demandant aux gouvernements européens de prendre la mesure des sentiments islamophobes, Mustafa Ceric a souligné que les Européens ne devaient pas "s’aventurer dans cette direction à nouveau".

Un conflit a opposé le raïs Mustafa Ceric, leader de la communauté islamique du pays, à l’actuel Président en exercice de la République de Bosnie-Herzégovine, Sulejman Tihic. Le président du Parti d’action démocratique, Irfan Ajanovic, a adressé à Mustafa Ceric deux lettres qui révèlent les tensions entre le dignitaire religieux et la formation actuellement au pouvoir. Lorsque Sulejman Tihic a succédé en 2003 à Alija Izetbegovic, père de l’indépendance du pays, à la tête du Parti d’action démocratique, Mustafa Ceric a cru pouvoir disposer de plus grands pouvoirs au sein de la formation, mais c’est l’inverse qui s’est produit. Sulejman Tihic a très vite parlé de séparation entre la religion et l’Etat et fait comprendre au dignitaire religieux que son pouvoir outrepassait sa mission de leader de la communauté musulmane. Mustafa Ceric n’a alors pas hésité à critiquer les leaders du Parti d’action démocratique, déclarant que celui-ci s’était éloigné des idéaux de son ancien leader. « Je suis sur le chemin montré par Alija et plus aucun parti ne suit ce chemin » avait-il ainsi déclaré. « Que faites-vous sur le chemin d’Alija ? Qui vous a dit de le suivre ? » lui écrit Irfan Ajanovic, ajoutant « Restez sur le chemin de Dieu. C’est de cette façon que vous suivrez le chemin d’Alija ».

Le rijaset, la plus haute instance de la Communauté islamique en Bosnie-Herzégovine a adopté une résolution le 7 novembre 2006 qui prend clairement position à propos des différentes interprétations de l’islam qui circulent dans le pays. Si les activités des Wahabites n’ont pas été explicitement mentionnées, il est évident que la résolution se positionne à l’égard de ce mouvement promu et financé avant tout par l’Arabie Saoudite. En effet, Abu Hamza, l’un des dirigeants du mouvement wahabite en Bosnie-Herzégovine, a récemment attaqué M. Ceric personnellement en l’appelant un traître de l’islam originel

http://news.catholique.org/analyses/12381-defis-rencontres-par-des-convertis-chretiens

: Est-il vrai que certains se soient convertis à la lecture de l’Evangile ?

Paolucci : En effet. Il y a ce cas d’un Bosniaque qui avait combattu les Serbes et les Croates dans les rangs des milices musulmanes lors des guerres balkaniques.

La nuit, il avait l’habitude d’écouter dans sa tranchée une station de radio de Sarajevo qui retransmettait en même temps les discours sur la guerre que tenaient d’une part Mustafa Ceric, chef de la communauté musulmane de Bosnie-Herzégovine, et le cardinal Vinko Puljic.

Ceric proclamait : Il faut que nous entreprenions cette guerre sainte et que nous combattions de telle sorte que cette terre devienne musulmane, et c’est le devoir de chaque musulman d’entreprendre la djihad. Pour sa part, Puljic indiquait qu’il n’y aurait aucune paix sur cette terre tant que nous n’aurions pas le courage de nous pardonner les uns les autres ; la réconciliation, ajoutait-il, est la seule voie qui puisse nous mener à l’amitié.

Et le Bosniaque fut impressionné par le fait que, tandis que son propre chef l’incitait à prendre les armes, son ennemi l’invitait à la réconciliation.

Pour plusieurs raisons, il a été amené à venir en Italie, où il été injustement emprisonné pour un incendie dans lequel il n’avait pas du tout été impliqué ; de fait, plus tard, il fut acquitté.

Pendant le temps passé en prison, il a rencontré une nonne croate qui rendait visite aux prisonniers et elle lui a demandé s’il voudrait lire le Coran, mais l’officier bosniaque lui a répondu qu’il connaissait déjà le Coran et qu’il aurait voulu lire l’Evangile, parce qu’il s’était rappelé l’expression du cardinal Puljic qui avait dit que dans l’Evangile Jésus nous enseigne le pardon.

La nonne fut impressionnée et elle lui a procuré un Evangile en langue croate. Il l’a lu et de là est née une amitié qui en fin de compte l’a mené au baptême.

Stanislav Bosic parle de Mustafa Ceric, ami et conseiller du défunt président bosniaque Alija Izetbegovic, qui a créé les milices paramilitaires islamistes, fait venir en Bosnie des milliers de moudjahidin pour combattre les Serbes, et qui cherche à se faire nommer à la tête de tous les musulmans d’Europe.

" Qu’est-ce que l’identité ? Une des définitions de l’identité est la continuation de la mémoire. Si on s’accorde sur cette définition, alors nos mémoires sont différentes. Les Serbes de Serbie et ceux de Bosnie ont une autre mémoire de l’histoire que la mienne. Pour eux, la période ottomane a été une très pénible occupation durant laquelle ils sont convaincus qu’ils ont risqué de disparaître en tant que peuple serbe orthodoxe, alors que pour nous, Musulmans, c’est un peu notre âge d’or, une période qui nous a permis de nous épanouir et de vivre en osmose avec tout un empire qui s’étendait sur trois continents. C’est là que nos identités ne peuvent pas se rencontrer. On ne peut pas corriger le passé, on ne peut pas corriger ce qui a déjà eu lieu. Je pense qu’une des voies de sortie de cette tragédie est de construire de nouvelles mémoires du futur. " (Son Eminence Mustafa Ceriç, président du Conseil des Ulémas de Bosnie-Herzégovine)

Propos du Reis-ul-Ulema Mustafa Ceric. Il distingue deux sortes de sécularisme pour préciser ses positions : « Nous sommes contre le sécularisme métaphysique, qui nous éloignerait en tant que nation de notre foi, l’islam ; nous sommes pour le sécularisme politique, qui est normal, et qui implique que les institutions et les organes de la dite religion ne vont pas se mêler des affaires de l’État et de nature politique. Par conséquent, nous sommes pour un État laïc au sens politique traditionnel, et nous sommes contre un État laïc au sens politique contemporain du terme. Nous sommes pour un État séparé de la religion dans sa forme, nous sommes contre un État qui serait aussi séparé de la religion dans son contenu. Et voilà pourquoi nous ne voulons pas une société laïque, nous ne voulons pas que les Bochniaques soient des laïcs (…). Nous voulons que l’islam soit notre impulsion morale, culturelle et intellectuelle, car nous ne pensons pas que cela puisse être la culture et la civilisation occidentales, dont nous connaissons les buts, ainsi que ceux de leurs promoteurs (locaux). Voilà pourquoi il faut savoir que l’islam est une question collective, et non individuelle, une affaire de consensus le plus large possible, et non d’une quelconque volonté subjective. »

(Adnan JAHIĆ, « Islam - pitanje zajednice » (L’islam, une question de communauté), Hikmet, vol. VIII, N 9/93, septembre 1995, pp. 390-391.)