Le Français d'abord !
Par Enki40, samedi 24 février 2007 à 12:39 :: Textes et Articles :: #671 :: rss
Une langue commune est le premier ciment de toute communauté (nationale). L'être humain se structrure mentalement dans l'usage, le respect et l'amour même de cette langue. La richesse de chacun est aussi celle de la connaissance de sa langue de "pensée". Certains l'ont bien compris qui sacralisent leur usage dialectale comme une langue Elue et "parfaite" et en font un instrument de diffusion d'alter-fidélité politico-religieux ayant force de droit sur la loi et la langue du pays d'accueil.
Et il n'est pas étonnant que certaines logiques de revendications commencent par l'impératif sournois de l'apprentissage de cet instrument au service d'un impérialisme cultuel plus que d'un enrichissement culturel. Au service et en souvenir d'une fidélité et d'une soumission supérieures à ce que porte et symbolise la langue indigène.
Un Etat souverain qui entend le rester doit en premier lieu s'assurer que ses citoyens maîtrisent d'abord et avant tout la langue nationale. Parler parfaitement cette langue est d'ailleurs le premier signe de réelle volonté d'assimilation dans la communauté nationale. Le refus de cet apprentissage, de cette maîtrise et, dans le même temps, la mise en avant de l'ardente nécessité de la pleine acquisition (réappropriation) d'une autre langue - qui serait "d'origine"- est une démarche qui ne peut qu'apparaître porteuse de toutes les incompréhensions.
Ne soyons pas naïfs : les langues et leur affirmations peuvent être porteuses de logiques civilisationelles différentes , d'une histoire souvent concurrentielle, et au bout du compte d'un choix de fidélité ethnique ou /et religieux ou/et politique préférentiel. Et une population qui ne s'entend pas sur la langue à parler est avant tout une population qui ne s'entend pas.
De cet enjeu de la maîtrise (de l'avenir) de sa propre indentité il est question dans le dernier livre de PM Coûteaux. Et c'est pourquoi nous vous en parlons. Et plus précisémment , pour une présentation de la problématique de son livre voici ce qu'en dit l'auteur :

Les ouvrages consacrés à la langue française se suivent et se ressemblent, peut-être parce que, obsédés par la recherche d'un consensus, ils n'osent concevoir la langue comme un instrument politique, au point qu'il paraît naturel de traiter longuement du français sans jamais traiter de la France...
Or, le sujet du français est d'abord la nation, dont il pourrait être le plus solide, et peut-être le dernier critère de définition, le môle ultime de l'appartenance politique, sociale et culturelle, finalement la clef cachée des maux qui assaillent de tous côtés une civilisation de plus en plus réticente à se penser elle-même. Crise de l'intégration, émergence des communautarismes, émeutes dites "des banlieues", querelles sur la mémoire nationale, débats sur l'école, sur l'apprentissage précoce de l'anglo-américain, évanescence de la représentation politique, concurrence de la citoyenneté républicaine et de la fusion européenne, mondialisation/américanisation du monde, information du consommateur, langue du travail, débat sur la diversité culturelle, le sentiment de dépossession de soi prend de multiples formes : chaque fois, la langue est le marqueur d'un malaise, d'une sujétion, voire d'une aliénation diffuse, chaque fois elle pourrait se faire l'instrument, au moins symbolique, d'une souveraineté retrouvée. Par la langue, les Français peuvent encore se relier à une communauté politique, à une histoire, à un ensemble national tout en trouvant par elle, et notamment la francophonie une voix dans le monde -ce que l'on pourrait appeler une façon d'être au monde.
Aujourd'hui plus que jamais, l'être français est dans la langue. Quoi, sinon ?
Comment s'étonner dès lors de la montée en puissance du thème de la langue, aussi bien dans le débat sur l'école (cf. les polémiques sur l'apprentissage de la lecture) que dans un nombre croissant de conflits du travail, comme l'a montré la condamnation récente à une très lourde amende d'une filiale d'une société américaine qui entendait obliger son personnel à travailler en anglais, ou encore dans le débat de plus en plus discuté de la langue de l'Europe?
Ce n'est pas un hasard si l'année 2006 a été décrétée "année de la francophonie", celle-ci s'affirmant, quelques semaines avant l'important sommet de Bucarest (octobre 2006), comme l'indispensable relais que trouve la France dans son combat pour la diversité culturelle et son refus d'un monde unipolaire -et si fleurissent les ouvrages consacrés ces derniers mois à la langue française... Encore faut-il, au risque de polémiques, penser la langue en politique...




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