Cette annonce intervient après que la ministre de l'Immigration Rita Verdonk, également membre du VVD, a indiqué lundi au parlement que Ayaan Hirsi Ali pourrait être privée de sa nationalité néerlandaise pour avoir menti lorsqu'elle a fait sa demande d'asile politique en 1992.

"Je suis très déçue", a dit la jeune femme à propos de cette révocation, "mais je ne veux pas être considérée comme une victime". A propos des Pays-Bas, elle a ajouté sans rancune que c'était "le pays qui m'a donné tant d'opportunités".

La députée, qui vit sous protection jour et nuit, a souligné qu'elle déménageait d'abord en raison des difficultés qu'elle avait à se loger dans un lieu sûr.

Le mois dernier, ses voisins à La Haye, craignant pour leur propre sécurité, avaient obtenu d'un tribunal son expulsion.

En outre, Ayaan Hirsi Ali avait prévenu son parti dès l'automne 2005 qu'elle ne se représenterait pas pour les élections législatives de 2007.

La menace de retrait de sa nationalité a accéléré sa décision de quitter les Pays-Bas. Mais "je ne me sens pas chassée", a-t-elle insisté.

D'après les médias, la députée, qui se définit comme une "dissidente de l'islam", aurait trouvé un emploi à l'American Enterprise Institute, un centre de recherches néo-conservateur proche de l'équipe du président américain George W. Bush.

Ayaan Hirsi Ali a refusé de commenter cette information.

"J'ai décidé d'opter pour une plate-forme plus internationale, parce que je veux contribuer au débat sur l'émancipation des femmes musulmanes et sur les relations complexes entre l'islam et l'Occident", a-t-elle seulement lâché.

Ayaan Hirsi Ali a été prise dans la tourmente la semaine dernière après un documentaire de la télévision publique retraçant son parcours d'exilée.

Le film mentionnait ce qu'Ayaan Hirsi Ali avait déjà évoqué plusieurs fois elle-même ces dernières années: lorsqu'elle est arrivée aux Pays-Bas en 1992, la future députée a menti en remplissant le document de demande d'asile.

Ayaan Hirsi Ali a admis avoir donné un faux nom et une fausse date de naissance. Elle aurait aussi indiqué dans sa demande d'asile qu'elle fuyait directement la guerre en Somalie alors qu'elle est arrivée du Kenya, où elle vivait avec sa famille et bénéficiait d'un statut de réfugiée.

"J'avais peur que si je disais seulement que je fuyais un mariage forcé, on ne me renvoie dans mon pays (...) ou que mon clan me pourchasserait", a-t-elle expliqué mardi.

La députée a critiqué avec virulence les enseignements islamiques sur les femmes, les homosexuels, les apostats et les adultères, ce qui lui a valu de nombreuses menaces de mort.

"Je suis abasourdie. Tout est allé si vite", a-t-elle expliqué. "En 48 heures, je suis privée de ma nationalité en raison de mensonges que j'ai publiquement reconnus il y a trois ans et demi", a-t-elle ajouté.

Wanadoo Maroc

Marianne