L'Année de l'Arménie
Par Enki40, mardi 31 octobre 2006 à 07:37 :: Revue de presse :: #446 :: rss
L'Année de l'Arménie rend hommage, jusqu'au 14 juillet 2007, à un pays qui fut une des grandes civilisations du Proche-Orient et qui se bat vaillamment pour conserver sa culture, sa religion et sa langue.
Arménie, terre de pierre et de foi
«Arménie, mon amie» n'est pas une simple formule diplomatique. Elle reflète une réalité. Aucun nuage n'a jamais terni le ciel de nos relations avec cette petite République (la plus petite de l'ex-URSS), vieille comme le monde et réduite aujourd'hui au dixième de sa superficie historique : 29 000 km2 contre 300 000 aux temps du roi des rois, Tigrane II, au Ier siècle avant J.-C., lorsque le royaume s'étendait de la mer Noire à la mer Caspienne, englobant le Kurdistan, une partie de l'Iran et de la Mésopotamie, le nord-est de la Turquie et la Cilicie jusqu'à Antioche.
Huit siècles de destins entremêlés, depuis les Croisades, ont forgé des liens indestructibles entre la France et ce pays, fier d'être le plus ancien État christianisé au monde, en l'an 301. Et le dernier roi chrétien à perdre son royaume face aux Arabes, en 1375, n'était autre que le roi de Cilicie, un Franc du nom de Léon V de Lusignan, mort à Paris, à la cour de France, en 1393.
Ces liens, l'histoire les a renforcés. Le XXe siècle les a confirmés avec l'accueil, sur notre sol, de 500 000 réfugiés du génocide perpétré par les Turcs en 1915. Le XXIe siècle vient enfin de les consacrer : la France est, aujourd'hui, le seul pays à avoir officiellement reconnu et condamné le génocide, par la loi du 21 janvier 2001.
L'année qui va leur être consacrée, ouverte symboliquement le jour de leur fête nationale, le 21 septembre, et qui s'achèvera le 14 juillet 2007, va nous permettre de prendre contact avec une culture d'une profonde richesse, émanant d'une nation de moins de 3 millions d'habitants, et de 8 millions d'exilés, membres d'une des diasporas les plus solidaires du monde.
Patrimoine
Du 15 décembre au 18 mars. Les douze capitales d'Arménie et leurs styles architecturaux. La Conciergerie, 2, boulevard du Palais, 75001 Paris.
Du 28 janvier au 25 mars. Livre arménien : cinq siècles de trésors. La Bibliothèque nationale de France (BnF). 58, rue de Richelieu 75002 Paris.
Du 17 février au 15 mai. Armenia Sacra.Le Musée du Louvre présente l'art sacré arménien.
Du 19 avril au 31 mai. Trésors d'Arménie : 30 livres précieux (de la Bibliothèque nationale d'Arménie). Bibliothèque municipale : 3, rue Kuhn, 67000 Strasbourg.
Art moderne et contemporain
Du 13 février au 31 mars. Rétrospective Martiros Sarian au Musée français de la carte à jouer. 92130 Issy-les-Moulineaux.
De juillet à août. Peintures en Arménie 1830-1930. Petit Palais, Musée des beaux-arts de Paris : av. Winston-Churchill, 75008 Paris.
Photographie
Du 6 janvier au 24 février. 15 ans d'indépendance vus par les photographes arméniens. Musée archéologique : place de la Vieille-Église, 83701 Saint-Raphaël.
Cinéma
Janvier 2007. Rétrospectives Sergueï Paradjanov. Cinémathèque de Toulouse 69, rue du Taur, 31000 Toulouse. n L'Institut Lumière de Lyon 25, rue du Premier-Film, 69008 Lyon.
Avril 2007. Hommage à Rouben Mamoulian. Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, 75012 Paris.
Musique
Le 17 février. Charles Aznavour et ses amis. Palais Garnier, à Paris.
Théâtre/Danse
Du 7 octobre au 10 juin (tournée en France). Parfums d'Arménie : création de la compagnie Yeraz.
Autre article : extrait :
L'Arménie est pourtant une terre martyre depuis toujours, colonisée par tous ses voisins, dépecée entre les grandes puissances, décimée par la fureur meurtrière des Turcs, soumise à l'Union soviétique depuis 1920 jusqu'à la chute du communisme, ravagée par des séismes dont le dernier détruisit la région de Gumri, en 1988, indépendante depuis quinze ans seulement et aussitôt en butte à une très grave crise économique.
Alors, qu'est-ce qui lui donne cet optimisme indéfectible et lucide à la fois, antithèse du spleen slave ou du mal de vivre occidental ? Sa foi, sans doute, et sa fierté. Séparée de l'Église catholique depuis le concile de Chalcédoine en 451, l'Église arménienne est la seule à se dire «apostolique grégorienne» et à rassembler 99% de la population derrière son catholicos.
L'omniprésence de la religion
Rien d'étonnant à ce que le patrimoine y soit essentiellement religieux, et que l'on compte encore 160 églises datées du IVe au VIe siècle ! À peine est-on sorti d'Erevan, sur la route du lac Sevan, qu'elles se succèdent, isolées dans les montagnes, splendides édifices de tuf sans statues, dressant vers le ciel leur silhouette pyramidale s'achevant par une coupole.
Datées du XIIe - XIIIe siècle, souvent rebâties sur des ruines paléochrétiennes, Garni, Ghé ghard, Sarmoss Avank, toutes ces églises-monastères sont cons truites suivant un plan basilical ou en croix libre. Pas de nef, de choeur ni de bas-côtés, mais des salles octogonales, les gavits, supportées par quatre gros piliers de pierre, obscures, éclairées par la seule lueur qui émane du dôme et d'une seule fenêtre, symbole de l'unité de la nature du Christ. Leurs murs ne sont ornés que d'innombrables croix gravées, d'une sophistication et d'une variété inouïes, les khatchkar.
Le khatchkar est le symbole de l'Arménie. Il s'agit d'une croix sans le Christ – sa nature humaine n'étant pas considérée comme essentielle par le christianisme arménien. Croix de résurrection et d'espérance, elles décorent des stèles votives, des dalles funéraires, les murs des sanctuaires. Elles sont toutes différentes, minuscules ou gigantesques, ornées de volutes, de rinceaux, de vanneries, gravées par les religieux où bon leur semble comme un acte de foi. Certaines sont de remarquables oeuvres d'art.
Un alphabet unique au monde
Liée à cette omniprésence de la religion, il faut aussi mentionner l'exceptionnelle production de manuscrits enluminés, dans un pays qui n'a découvert l'imprimerie qu'au... XVIIIe siècle ! Certains pourraient trouver inquiétant, du reste, ce communautarisme exacerbé qui a poussé, au Ve siècle, un religieux, Mesrop Maschots, à inventer un alphabet spécial pour un pays qui avait déjà une religion unique au monde et une langue parlée nulle part ailleurs.
Cette fermeture – volontaire – au reste du monde n'a pas empêché la culture arménienne d'évoluer avec son temps et même pendant les années communistes. Curieusement, ici, elles n'ont pas laissé un mauvais souvenir, les Soviétiques – plus coulants ici qu'ailleurs – étant perçus comme des protecteurs face à l'ennemi héréditaire, le Turc. Rien d'étonnant à ce que le russe demeure la première langue étudiée, devant l'anglais et le français.
Et puis la diaspora, toujours en contact avec le pays, a largement contribué à cette ouverture. Une diaspora qui, globalement, a plutôt réussi. Sans parler de Charles Aznavour, qui a beaucoup donné pour aider l'Arménie, les peintres Jean Carzou, Edgar Chahine, Arshile Gorky, Melik Ohanian, Sarkis et le Franco-Arménien Jansem – qui a décoré le Mémorial du génocide –, les cinéastes Atom Egoyan, Robert Guédiguian, Rouben Mamoulian, Henri Verneuil et Sergueï Parajdanov, les musiciens Sergueï Katchatrian, Michel Legrand, Aram Katchatourian et le très grand père Komitas, auteur d'une Divine Liturgie sublime, mort fou à Villejuif, après avoir assisté aux massacres de 1915. Sans oublier les plus jeunes, Jivan Gasparian, qui fait revivre la flûte locale, le duduk, et Arto, émigré aux États-Unis, qui, avec son Armenian Navy Band, crée une musique inclassable mêlant tradition et jazz.
Car tous ces artistes et ces intellectuels, où qu'ils vivent, quelle que soit leur trajectoire, sont demeurés à cent pour cent arméniens et à cent pour cent citoyens de leur pays d'accueil. C'est le secret de l'«arménité».




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