«NOUS SOMMES favorables à la polygamie.» Plusieurs centaines de femmes l’ont clamé dans les rues de Jakarta. Les ­manifestantes, qui ont défilé en ­muqena, la tunique blanche de prière des mu­sulmanes indonésiennes, ont apporté leur soutien à Abdullah Gymnastiar. Ce prédicateur musulman très populaire en Indo­nésie, où 85 % des 230 millions d’habitants se réclament de l’islam, a annoncé le mois dernier qu’il avait épousé une seconde femme, nous appprend le Figaro.

L'article précise que Siti Musdah Mulia, dont les travaux universitaires ont démontré que la polygamie avait aussi pour conséquence "d’augmenter la violence domestique", a participé à la contre-manifestation organisée par des organisations féministes. Celle-ci s’est terminée par la projection de Perbagi suami («Partage ton mari»). Ce film, une coproduction franco-indonésienne primée au dernier Festival de Cannes, raconte l’histoire de trois hommes de milieux sociaux très différents qui ont choisi de se marier avec plusieurs femmes. «Le film a eu du succès à Jakarta, mais l’accueil a été beaucoup plus tiède en province», affirme la réalisatrice, Nia Dinata. «La polygamie touche environ 10 % de la population mais beaucoup de femmes en souffrent en silence, car elles ont peur d’être considérées comme de mauvaises musulmanes».

La polygamie, qui se vivait discrètement jusqu’aux début des années 1980, est de mieux en mieux toléré dans un pays ­travaillé depuis trente ans par une profonde dynamique de ré-islamisation. L’ancien vice-président Hamzah Haz, un musulman très conservateur, s’affiche maintenant dans les magazines entouré de ses trois épouses. «La polygamie assure une protection aux femmes qui sont dans le besoin», a-t-il déclaré. «C’est une conception féodale du couple et de la société», rétorque Nia Dinata. «Une femme ne se marie pas pour obtenir une protection, mais pour s’unir avec l’homme qu’elle aime. Or l’amour ne se partage pas.»

Qui est Nia Dinata ?

L’action du ministère des Affaires étrangères au Festival de Cannes 2006 Le ministère des Affaires étrangères, dans le cadre du soutien constant qu’il apporte aux cinématographies des pays du Sud, sera présent au Festival de Cannes.

Il anime le Pavillon des Cinémas du Sud sur la Croisette, au cœur du village international, en partenariat avec l’Organisation Internationale de la Francophonie, le groupe des états ACP/Union Européenne et RFI. Des entreprises privées s’associent à l’opération : Titra Films, Télétota/Jackson, Filminger, les Cafés Malongo, Max Havelaar et la SNCF.

Le cœur de l’activité du pavillon des Cinémas du Sud est d’assurer la promotion de 19 films récents du Sud auprès des acteurs du marché international. Ces films seront présentés dans les salles du Marché International du Film, en présence de leurs réalisateurs et producteurs, invités par les partenaires du Pavillon.

Les films présentés sont :

Indonésie : Partage ton mari de Nia DINATA

L'histoire traite de la polygamie en Indonésie à travers le regard de femmes. La sortie nationale est prévue fin mars et reste à préciser pour la France.

Trois familles indonésiennes d’origines sociales diverses y font l'expérience de la polygamie. La caméra suit le quotidien des femmes concernées. Blessées dans leur identité d’épouse, elles composent néanmoins avec leur nouvelle condition.



"Partage ton mari", un film sur la polygamie sorti en Indonésie, alimente un débat inhabituel sur ce sujet largement tabou dans le plus grand pays musulman du monde.

Le long métrage au titre légèrement provocateur est une coproduction franco-indonésienne présentant trois hommes de milieux sociaux très différents, qui choisissent de prendre une deuxième, une troisième, voire une quatrième femme.

"C'est un drame satirique", explique la réalisatrice, Nia Dinata. "Je montre à ma façon que ces femmes ne sont pas heureuses. Mon film est sur le choix".

"Partage ton mari", qui a subi une triple amputation par la commission de censure, veille toutefois à ne pas condamner frontalement la polygamie, une coutume répandue en Indonésie même si les statistiques sur le sujet font défaut.

"Je veux que mon public réfléchisse", affirme Nia Dinata. Selon elle, 10% des familles indonésiennes sont confrontées de près ou de loin à cette pratique autorisée par la loi.

Près de 90% des 220 millions d'habitants de l'archipel se réclament de l'islam mais, rappelle la réalisatrice, la polygamie puise ses racines pas seulement dans cette religion.

"Bien avant l'arrivée des (colons) Hollandais, nous avions des empires bouddhistes ou hindouistes où les hommes avaient des concubines. C'est inscrit dans notre histoire". Elle ajoute que la polygamie était vivace dans les sultanats de Yogyakarta et de Solo.

L'ex-dictateur Suharto, sous la pression de sa femme Siti Hartinah, avait adopté dans les années 1970 une loi interdisant à un fonctionnaire de convoler une deuxième fois sans le consentement de sa première épouse et de son supérieur hiérarchique. Le texte est toujours en vigueur.

Plus tard l'ancien vice-président Hamzah Haz, un musulman traditionaliste, fut un polygame célèbre sous le régime de Megawati Sukarnoputri.

Aujourd'hui les leaders politiques indonésiens, traumatisés à l'éventualité de passer pour des mauvais musulmans, évitent de prendre position contre la polygamie. Le débat n'est toutefois pas complètement tabou.

La défense de la polygamie est incarnée par un homme qui a fait fortune en vendant des poulets grillés. Puspo Wardoyo possède une chaîne de trente restaurants et s'affiche dans les médias entouré de sa famille élargie en répétant à l'envi que "davantage de femmes, c'est davantage de ressources".

Les épouses du "roi du poulet grillé", souvent choisies parmi ses serveuses, se disent heureuses.

Puspo Wardoyo affirme que la polygamie compense la balance démographique défavorable au sexe masculin et dissuade les hommes saisis par le démon de midi d'entretenir des liaisons secrètes. Sa conviction l'a poussé jusqu'à inscrire sur ses menus des "jus polygamie" et à parrainer des "Prix de la polygamie", sortes de César des meilleurs polygames.

Le restaurateur est devenu la bête noire des féministes, parmi lesquelles le professeur Siti Musdah Mulia, une experte islamique respectée, qui reconnaît que la polygamie est acceptée par une majorité d'Indonésiens.

"Mes recherches ont prouvé que la polygamie a pour conséquence d'augmenter la violence domestique, les abus contre les enfants et les mariages non enregistrés", souligne l'érudite qui porte le voile.

Elle ajoute que "sans enregistrement (à l'état civil), les femmes et les enfants ne bénéficient d'aucune protection". Et souhaite une réforme du Code de la famille inspiré de celui de la Tunisie qui a aboli les unions multiples.

Siti Musdah Mulia remet enfin en question le verset du Coran autorisant un homme à prendre jusqu'à quatre femmes "à condition qu'elles soient traitées de façon équitable". "Il s'agit seulement d'une interprétation, ce n'est pas absolu", assure-t-elle.

Source : La Croix