Enquête sur la "cyber réalité " marocaine
Par Enki40, lundi 10 juillet 2006 à 18:02 :: Textes et Articles :: #144 :: rss
Piratage, messages jihadis et propagande anti-occidentale; l'instrumentalisation du web est là pour le prouver, les inconditionnels de la charia et les fervents de la guerre sainte (identical profil) ne seront pas en reste pour fêter avec éclat(s) (métalliques) le " boum " de l'Internet au Maroc. A l'occasion de la séance d'ouverture d'une réunion de l'ICANN (l'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) dont les travaux se sont poursuivis jusqu'au 30 juin dernier, Le Premier ministre du Maroc, Driss Jettou a souligné que l'un des objectifs essentiels du gouvernement était « d'oeuvrer à l'ancrage du Maroc à la société et à l''économie de l'information et du savoir » Rien de plus naturel dans un pays ou le marché de l'Internet est en plein expansion.
Le nombre croissant de connexions au réseau, la source inépuisable d'informations en temps réel et la suppression de la notion de la distance qu'il procure, n'a malheureusement pas non plus, échappé à la vigilance aiguisée des fous de Dieu.
Le résultat des analyses concorde et l'actualité en fait le triste constat ; l'espace compris entre la plate-forme virtuelle et le vecteur opérationnel se réduit déjà à l'épaisseur d'une page du Coran.
Un exemple parmi d'autres ; le quotidien israélien a affirmé que depuis la dernière offensive de l'armée israélienne sur la "bande de Gaza" (Au propre et au figuré) et qui a pour objectif, ne l'oublions pas, de délivrer le caporal kidnappé, Gilad Shalit; près de 700 sites ont été fermés et leur page d'accueil ont été remplacée par le message suivant «piraté par l'équipe du mal des pirates arabes. Vous tuez des Palestiniens, nous tuons des serveurs israéliens». Selon le "Jerusalem Post", cette équipe comprendrait six membres et serait basée au Maroc Elle aurait commencé à faire parler d'elle en 2004 après avoir effectué de nombreuses attaques sur des sites du gouvernement américain .
Le long glissement du Maroc vers l'integrisme.
Une toile salafiste effrayante.
Dans le sous-sol d’un immeuble du quartier Assif (Marrakech), une trentaine de PC est alignée en U inversé. Hicham et son petit frère y veillent. Ici, on reçoit même les enfants et les pré-ados. Casques et webcams sont disposés au-dessus des unités centrales. On peut donc chatter à loisir, mais –surtout- palabrer au moyen du MSN avec des correspondants lointains. A côté de moi, une jeune fille, dûment « hijabisée », un livret de Mohamed Ibn Abdelwahab à la main, s’emploie à réciter et expliquer à un interlocuteur francophone la topographie cauchemardesque des jehennes. La conscience triomphante, la jouissance « doctorale » plein la voix, elle crie son delirium eschatologique en ignorant totalement le voisinage. Lorsque son jeune vis-à-vis lui demanda de baisser le ton, elle fit même patienter son correspondant pour asséner au pauvre petit : « Dkhol souq rasek assalgout ! » (mêle-toi de tes propres affaires, sale gosse !). Le jeune homme ramassa aussitôt ses affaires et changea de place. Lorsque la fille cessa son cours ex cathedra et se retira, je ne pus m’empêcher de questionner Hicham : « Tu reçois beaucoup de gens comme elle ? » Il me fixa d’un air étonné, me tira vers les escaliers et me dit : « Un jour, ce genre d’individus me causera sûrement des problèmes avec les autorités. Mais je ne peux les chasser de mon cyber ; ils peuvent devenir très dangereux ! » Comment cela ? « Un jour, en mettant dehors un jeune barbu qui tenait des propos racistes sur MSN, j’eus droit à un comité d’accueil musclé qui me guettait devant ma boutique. Je fus traité d’apostat, de mécréant et d’ennemi de Dieu (âdoue Allah) ! Je ne dus mon salut qu’au passage d’une équipe du GUS ».
En vérité, la spirale islamiste part invariablement de l’enceinte même de certaines mosquées. L’atmosphère détendue favorise l’importation des humiliations rentrées, des dépits refoulés et de la haine de soi. Les dizaines de chaînes satellitaires auront auparavant nourri l’antioccidentalisme primaire et conforté les relents antisémites. La petite mosquée du quartier Al Massira est bondée. Durant la prière d’al ‘icha, l’imam psalmodia (à la saoudienne) quelques versets emblématiques : « Les Juifs et les Chrétiens ne t’agréeront que le jour où tu te soumettras à leur religion. Dis que seul le chemin d’Allah est le bon ». Aussitôt après avoir conclu, il entreprit sa prière rituelle où l’on put entendre : « Ô seigneur ! Eradique les ennemis de l’islam et les sionistes spoliateurs ! Soulage la surface de la terre des Juifs et leurs alliés ». A l’extérieur de la mosquée, quelques petits groupes se formèrent. Les bribes glanées ici et là renseignent sur des échanges d’informations politiques et d’analyse de l’actualité du monde arabo-musulman. C’est la phase de la « première approche ». Elle sera suivie par les sorties « fi sabil Allah » (sur le chemin de Dieu) où l’on est pris en charge quotidiennement, « physiquement » et mentalement par des sous-recruteurs zélés.
Suivra la phase d’« al iâtikaf », des espèces de séminaires fortement encadrés par des idéologues à la verve excitée et au regard pénétrant. Le martèlement de dogmes haineux est la loi du genre. Le déroulement de l’histoire apocryphe, l’appropriation du corpus hadithique non authentifié, la citation récurrente des écrits d’Ibn Taymia et autre Sayyed Qotb et, surtout, la lecture foncièrement ethnocentriste de l’actualité concourent à l’embrigadement de jeunes gens que la fragilité sociale et, par conséquent psychologique, transforme en vecteurs vivants du salafisme.
Certains d’entre eux n’échapperont pas aux tentations activistes. Les enquêtes relatives aux attentats de Casablanca et de Madrid ont mis en évidence le rôle d’Internet dans l’organisation et la mise sur pied de la logistique. Depuis que les grandes centrales de renseignement ont quasiment maîtrisé la technologie permettant de faire parler les téléphones portables, les réseaux dormants ne disposent plus que de l’Internet pour coder et transmettre les messages. Ce n’est d’ailleurs pas uniquement pour narguer les puissances occidentales et leurs alliés arabes et/ou musulmans que Ben Laden et ses disciples utilisent le support Internet pour transmettre leurs messages audio et vidéo aux chaînes de télévision.
Le web est également instrumentalisé par ceux que les Marocains appellent « al Ikhwaniyne » dans l’organisation des réunions ou des attroupements impromptus. « les adeptes d’Al Adl Wal Ihsane n’ont jamais caché leur faible pour Internet. Nous l’avons utilisé pour mettre au point les timings et organiser la logistique des villégiatures sauvages, « sit-in- flash » et autres réunions non autorisées», me dit Haj Larbi S. un ex-adliste qui vient de rejoindre le PJD. « La majorité des mariages contractés parmi nous étaient le fait de chats et autres conversations via MSN », ajouta-t-il. De plus, il est de notoriété publique que la promotion de la production éditoriale du Cheikh emprunte le web pour toucher les milliers d’adeptes et de sympathisants.
En tous cas, si l’outil Internet est sollicité en amont pour répondre à une curiosité théologique initialement innocente, il deviendra, pour certains, un moyen efficace de remorquage aux nébuleuses activistes transnationales. Les investigations entreprises par les services de renseignements nationaux et étrangers attestent de l’extrême opérabilité de la toile quant à la préparation des actes terroristes. Certaines enquêtes journalistiques n’hésitent pas à placer le Maroc dans le peloton des nations exportatrices de jihadistes. Force est de constater que les cybers publics constituent un espace où l’on peut aisément accéder aux sites islamistes les plus extrémistes. « Durant la décennie 90 du siècle dernier, l’Internet était quasiment absent de la panoplie des interfaces entre groupes activistes.
Aujourd’hui, il en constitue le rhizome », nous dit A.F, un officier des RG qui a fait partie du staff policier ayant enquêté sur l’acte barbare de l’hôtel « Atlas Asni ». C’est dire l’urgence qu’il y a à soumettre les cybercafés à un cahier des charges rigoureux. Celui-ci doit pouvoir décliner avec précision les « cyberdélits » qu’un texte législatif aura auparavant minutieusement criminalisés. Une mesure préventive qui n’aliène en rien le champ des libertés.
FM
Sources: la gazette du Maroc / Jerusalem Post
Graphique illustrant la prédominance des "sympathisants " marocains sur les forums jihadis d'Afrique du Nord (*)

Source sofIRm.
(*) Pour une lecture correcte du graphique, il faut tenir compte des données suivantes : (1) Près de 12% de la population totale du Maroc, soit 3,7 millions de personnes ont accès à l'internet. Depuis le début de 2006, 95% de tous les abonnés employaient déjà les services ADSL (pourcentage exceptionnellement élevé pour le l'Afrique)
(2) 90% des entreprises marocaines disposent d'une connexion à l'Internet (soit 35.000 entreprises connectées au réseau)
(3) le taux de pénétration de l'accès à l'internet en Algérie est inférieur à celui du Maroc et demeure, de l'ordre de 5,52% de la population connectée. Le taux de la Tunisie est quant à lui de l'ordre de 10%. (chiffres / mars 2006)
Sources :
http://www.lagazettedumaroc.com/




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