Muta (septembre 629).

L'attaque de Muta est un échec: des Arabes chrétiens et vassaux de Byzance ont facilement repoussé le raid des Arabes du désert. Les documents préfèrent masquer la dure réalité par le récit de scènes héroïques, de la mort pathétique du petit-fils de Mohammed, Zaïd, et d'une retraite bien ordonnée par Khalid.

La décision de l'attaque (Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 269). La bataille de Mouta eut lieu entre les musulmans et les Romains. En effet, ces derniers étaient en possession de la Syrie, dont les habitants étaient tous chrétiens. Or le prophète fut informé qu'une armée se rassemblait en Syrie, et que des troupes auxiliaires devaient venir de Roum; en conséquence, il désigna trois mille hommes, qu'il fit partir de Médine sous le commandement de Zaïd, fils de 'Hâritha...

L'angoisse du départ (Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 791). L'apôtre envoya son expédition à Muta en jumadal ula dans la huitième année et mit Zayd ibn Haritha à sa tête; si Zayd était tué, alors Jafar ibn Abu Talib prendrait le commandement; et s'il était tué, Abdullah ibn Rawaha. L'expédition réunit 3000 hommes et se prépara au départ. Une fois prêts, ils allèrent saluer les adjoints de l'apôtre. Quand Abdullah ibn Rawaha quitta ces chefs, il se mit à pleurer et quand ils demandèrent la raison, il dit:

- Par Allah, ce n'est pas parce que j'aime ce monde et que je suis attaché à vous, mais j'ai entedu l'apôtre lire un verset du livre d'Allah où il mentionne l'enfer: Il n'est, parmi vous, personne qui n'arrive point à elle01 ! C'est, pour ton seigneur, un arrêt décidé. Je ne sais pas comment je peux revenir après y être allé.

Les musulmans ont dit:

- Allah soit avec toi, et qu'il te protège et te ramène à nous sain et sauf.

Le flottement dans le commandement (Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 792-3). Ils allèrent aussi loin que Maan en Syrie, où ils avaient entendu qu'Héraclius était descendu à Maab dans la région de Balqa, avec 100 000 Grecs rejoints par 100 000 hommes des Lakhm02 , des Judham, al Qayn, Bahra et Bali, commandés par un homme de Bali d'Irasha, appelé Malik ibn Zafila. Les musulmans entendirent cette nouvelle et ils passèrent deux nuits à Maan à se demander quoi faire. Ils pensaient écrire une lettre à l'apôtre pour lui dire les effectifs de l'ennemi: s'il leur envoyait des renforts, ou sinon, pour attendre ses ordres. Abdullah ibn Rawaha encouragea ses hommes en disant: - Ô hommes, ce que vous n'aimez pas, c'est ce que vous avez entrepris de rechercher ici, c'est-à-dire le martyre. Nous ne combattons pas l'ennemi avec le nombre ou la force, ou la multitude, mais nous nous confrontons à eux avec cette religion dont Allah nous honore. Alors, allons! Les deux issues sont bonnes: la victoire ou le martyre. Les hommes dirent: - Par Allah, Ibn Rawaha a raison.

Les renforts (Muslim, Hadith 19, 4343). ... J'ai03 rejoint l'expédition qui marchait sur Muta sous le commandement de Zaid ibn Haritha, et j'ai reçu des rrenforts du Yémen. ...On dit que Auf a dit à Khalid: Khalid, ne sais tu pas que le messager d'Allah a décidé de donner le butin de l'ennemi à celui qui le tuera? Khalid répondit: - Oui, mais j'ai pensé que c'était trop.

La rencontre avec l'ennemi (Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 794). Les hommes avancèrent jusqu'aux limites de la région de Balqa où les forces grecques et arabes d'Héraclius les rencontrèrent, au niveau d'un village appelé Masharif. Voyant l'approche de l'ennemi, les musulmans se retirèrent dans le village de Muta. Là, leurs forces se rencontrèrent et les musulmans s'organisèrent, mettant à leur droite Qutba ibn Qatada des Banu Udhra04 et à leur gauhe un auxliiaire appelé Ubaya ibn Malik. Au début du combat, Zayd ibn Haritha se battit en tenant l'étendard du prophètye, jusqu'à sa mort, vidé de son sang, à cause des lances de l'ennemi. Alors Jafar le reprit et se battit avec, et quand le combat le submergea, il descendit de sa monture et l'abattit, et il fut tué à la fin. Jafar fut le premier homme dans l'islam à abattre son cheval.

Vision de la bataille par Mohammed (Tabari, Histoire des prophètes I 270). Le jour où ce combat eut lieu, Gabriel vint trouver le prophète et lui dit : L'armée est à Muta et livre un combat. Le prophète en informa ses compagnons, qui se réunirent à la mosquée de Médine. Gabriel ôta, éntre la ville de Médine et le pays de Roum, tout ce qui faisait obstacle à la vue, et le prophète put voir la bataille; et tout ce qu'il voyait, il l'annonçait à ses compagnons. Ce fut un des signes de sa mission prophétique. Lorsque Zaïd tomba, le prophète dit :

-Zaîd a été tué. Il annonça de même que Dja'far avait les mains coupées, et qu"Aldallah, fils de Rewâ'ha, venait d'être tué. Ses compagnons pleurèrent et poussèrent des cris. Lorsque Khâlid, fils de Walîd, prit le drapeau, le prophète dit:

-Le glaive d'Allah (c'est-à-dire Khâlid, qu'il avait autrefois ainsi surnommé) a pris le drapeau. Ce jour-là, il appela Dja'far, fils dAbou-Tâlib, Dsou'l-Djenâ'haïn (l'homme aux deux ailes), disant :

-Allah lui donnera, à la place de ses deux mains, deux ailes, et il volera avec les anges. Les musulmans notèrent le jour et le mois où le prophète leur avait parlé ainsi, et lorsque l'armée revint et qu'ils demandèrent les détails du combat, tout se trouva conforme aux paroles du prophète.

La réaction de Mohammed (Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 796). ... quand l'armée fut écrasée, l'apôtre dit:

- Zayd a pris l'étendard et a combattu jusqu'à ce qu'il tombe en martyr; ensuite Jafar l'a repris et a combattu jusqu'à la mort en martyr.

Il resta silencieux devant les visages tristes des auxiliaires, qui pensaient qu'il était arrivé quelque chose de terrible à Abdulllah ibn Rawaha. Il dit ensuite:

- Abdullah l'a repris et a combattu, puis est mort en martyr. J'ai eu une vision qui les montrait emportés au paradis sur des lits en or. J'ai vu le lit d'Abdullah s'écarter ds deux autres, et j'ai demandé pourqui, et on m'a dit qu'ils étaient déjà partis mais qu'il hésitait lui à aller plus en avant.

Le cheval de Jafar (Daoud, Hadith 14, 2567). Mon beau-père m'a dit - il faisait partie des Banu Murrah ibn Auf- et il était présent à la bataille, la bataille de Mutah:

- Par Allah, j'ai vu Jafar qui est descendu de son cheval roux et qui lui a tranché les jarrets; il a alors combattu avec les autres jusqu'à sa mort.

Les pertes principales à Muta (Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 801-2). Les noms de ceux qui sont morts de la mort des martyrs à Mu'ta:

des Quraysh: du clan des Banu Hàshim, Ja'far and Zayd. Des Banu 'Adiy b. Ka'b: Mas'ùd ibn ai-Aswad ibn Hàritha ibn Nadla. Des Banu Màlik b. Hisl: Wahb ibn Sa'd ibn Abu Sarh. Des Ansàr: du clan des Banu al-Hàrith ibn al-Khazrai, 'Abdullah ibn Rawàha et Abbâd ibn Qays. Des Banu Ghanam ibn Màlik ibn al-Najjàr, al-Hàrith ibn Nu'màn ibn Usàf ibn Nadla ibn 'Abd ibn 'Auf ibn Ghanam. Des Banu Màzin ibn al-Najjàr, Surâqa ibn 'Amir ibn 'Atiya ibn Khansâ'.

La retraite de Khalid C'est le premier acte de gloire militaire de ce personnage fraichement converti et survivant de cette aventure; cela suffira à le distinguer aux yeux de Mohammed. Khalid avait été le chef de la cavalerie de la Mecque et à ce titre, il avait vigoureusement attaqué les musulmans. Après sa conversion, il devient alors l'instrument privilégié des conquêtes, menées avec une brutalité qui finit même par indisposer Mohammed. Après 632, le “Sabre de l'Islam” est pour encore dix ans le général en chef des conquêtes musulmanes.

(Tabari, Histoire des prophètes I 271). Khâlid, fils de Walîd, continua le combat pendant trois jours. Voyant que le petit nombre des musulmans ne pourrait pas résister, il se retira, disant : je ramènerai ces musulmans auprès du prophète; cela vaudra mieux que de les laisser tous périr. Lorsque le prophète apprit que Khâlid avait opéré sa retraite, il l'approuva et lui donna des éloges. Quand les troupes revinrent à Médine, il alla, accompagné des autres musulmans, à leur rencontre. Il était à cheval, ayant devant lui le fils de Dja'far, âgé de cinq ans.

Théophanès, Chronographie, année 6133. Mohammed était déjà mort, mais il avait nommé quatre émirs pour porter la guerre contre les Arabes chrétiens. Les musulmans marchèrent contre une ville appelée Moukhéon, dans laquelle se trouvait le vicaire Théodoros, et ils souhaitaient attaquer les Arabes le jour où ils allaient adorer leurs idoles05 ; quand ils apprirent par un membre de la tribu des Quraysh qui était à sa solde. Théodoros rassembla les soldats des garnisons du désert, et quand il connut le jour où les forces musulmanes allaient attaquer, il anticipa leur assaut à un endroit appelé Mouthous, où ses forces tuèrent trois des émirs et la grande partie de ses forces; un des émirs, Khalid, qu'ils appelaient “le Sabre d'Allah”, a réussi à s'échapper.

Une possible allusion coranique à la défaite (Mahomet, Coran 30/1-4). Les Romains ont vaincu aux cofins de notre terre. Maix eux, après leur victoire, seront vaincus, dans quelques années. A Allah appartient le sort dans le passé comme dans le futur. Alors les croyants se réjouiront du secours d'Allah. Il secourt qui il veut. Il est le puissant, le miséricordieux.

Les funérailles des chefs morts à Muta (Boukhari, Hadith 23, 46,1). Quand le prophète apprit que Zaid ibn Haritha, Jafar et Abdallah ibn rawaha avaient été tués, il s'assit pour marquer son chagrin. Comme je regardais par la fente de la porte, un homme vint trouver le prophète et lui dit:

- Ah! les femmes de Jafar! ô envoyé d'Allah! et il raconta leurs lamentations.

Le prophète lui donna l'ordre d'aller les faire taire. L'homme partit, puis revint et dit:

- Je leur ai défendu de pleurer, mais elles n'ont pas obéi.

Pour la deuxième fois, le prophète lui enjoignit d'aller les faire terre. L'homme partit et revint en disant:

- Par Allah, elles sont plus fortes que moi -ou que nous.

Le témoignage byzantin (Théophanès, Chronographia 335-6). Année 612306 Mouamed, qui est mort auparavant, avait nommé quatre émirs pour combattre ceux qui parmi les Arabes étaient chrétiens07 , et ils allèrent en face d'un villlage appelé Moukhea, où se trouvait le vicaire Théodoros,qui avait l'intention de surprendre les Arabes le jour où ils sacrifiaient à leurs idoles. Le vicaire, apprenant ceci d'un certain Quraysh appelé Koutabas08, qu'il rétribuait, rassembla ses soldats dans le désert et, sachant le jour et l'heure de l'attaque, il les attaqua lui-même dans le village de Mothous, et il tua trois de leurs émirs, et le gros de leur armée. Un émir Khaled09 , qu'ils appelaient le Sabre de Dieu, s'échappa.

01 La Géhenne. 02 Effectifs fantaisistes, qui doivent excuser la défaite. 03 Auf ibn Malik. 04 M. Lecker, Pueople XI, p. 91. 05 L'auteur utilise sans doute une source musulmane, qui considère le christianisme comme une idolâtrie. 06 Soit 630-1; la date est fautive: la bataille de Mouta a lieu un an avant. 07 Les Ghassanides. 08 Qutba. 09 Khalid.

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