Captifs en Barbarie
Par Enki40, vendredi 28 juillet 2006 à 23:05 :: Textes et Articles :: #176 :: rss

Voici quelques premiers extraits de ce livre.
C'est un chapitre fascinant et méconnu des relations entre l'Europe et l'Afrique du Nord aux XVIIe et XVIIIe siècles qu'aborde dans ce récit Giles Milton. Il s'agit de l'aventure cruelle de dizaines de milliers d'Anglais, de Français, d'Espagnols... capturés en mer par les corsaires de Barbarie, et vendus comme esclaves sur les grands marchés d'Alger, de Tunis, ou de Salé au Maroc. Lorsque Thomas Pellow quitte à onze ans sa Cornouailles natale pour embarquer en qualité de mousse sur le bateau de son oncle qui va commercer en Méditerranée, il est loin de se douter de l'odyssée extraordinaire qui l'attend. Le bateau est arraisonné, le jeune Thomas, captif des bandits, est vendu au terrible sultan Moulay Ismaïl, et rejoint les milliers d'esclaves qu'il emploie à la construction d'un palais gigantesque, dans des conditions épouvantables. Comme beaucoup, sous la torture, il se convertit à l'islam. Puis... vous le découvrirez en lisant ce livre, publié à Lausanne faute d'un éditeur digne de ce nom en GB, puis traduit en Français, et édité par les éditions Noir sur Blanc. Un livre que l'on trouve facilement , au moins chez Virgin...
L'auteur Giles Milton, écrit:
« Près de six ans devaient s'écouler avant que je commence à chercher des documents écrits sur les corsaires de Barbarie . (...) Il y avait des descriptions poignantes relatant l'horreur des travaux forcés, et des réçits terrifiants d'audiences avec le sultan du Maroc. (...) Je trouvais même des missives rédigées par le sultan lui-même- des tracts grandiloquents exigeant que les rois d'Angleterre et de France se convertissent à l'islam. »
« Un des réçits les plus remarquables de l'esclavage blanc concerne Thomas Pellow et ses camarades du Francis. Thomas Pellow fut le témoin des splendeurs barbares de la cour impériale du sultan Moulay Ismaël et fit personnellement l'expérience de la cruauté de ce monarque rusé et terrifiant. Mais son histoire allait s'avérer bien plus extraordianire que celle d'un simple observateur. En tant qu'esclave personnel du sultan, Pellow se trouva bien malgré lui au coeur des intrigues de la cour. Nommé gardien du sérail impérial, il mena aussi des soldats-escalves sur le champ de bataille, et prit part à une périlleuse expédition de chasse aux esclaves en Afrique équatoriale. Il fut torturé et converti de force à l'islam. Par trois fois, il tenta de s'évader. (...)23 longues années (après sa capture) il parvint à s'évader... Il sera l'un des rares survivants à pouvoir raconter son histoire.(...) Le récit de pellow est truffé de personnages hauts en couleurs, eunuques arrogants, surveillants d'esclaves brutaux, bourreaux impériaux et vils pirates (...) Les chroniques de Muhammad al-Qadiri révèlent que le réçit fait par pellow de la guerre civile marocaine est remarquable de précision. Ses révélations sur le vie à Meknès sont également confirmées par les sources marocaines. Ahmad al-Zayyani et Ahmad ben Khalid al-Nasari peignent un tableau similaire de la vie dans la capitale impériale. »
Sur les razzias en terre mécréante:
« On était dans le troisième semaine de juillet 1625...L' Angleterre était sur le point d'être attaquée par les corsaires islamiques de Barbarie.(...) vingt voiliers sur la côte, peut être beaucoup plus. (...)attaque (..) sur la côte sud de l'Angleterre. James Baggs, vice-amiral de Cornouailles, adressa un courrier urgent au premier lord de l'Amirauté à Londres, requérant des vaisseaux de guerre pour parer à la menace. Mais il était trop tard.(...) Vêtus de djellabas mauresques et brandissant des cimeterres damasquinés, ils débarquèrent à Mount's bay, dans le Sud de l'Angleterre, alors que les villageois étaient à la prière, et firent irruption dans l'église, semant la terreur. (...) 60 hommes, femmes et enfants furent trainés hors de l'église et emmenés à bord des navires corsaires. Le port de Looe (...) capturer 80 pêcheurs et marins (...) Looe incendié (...). (...) les corsaires étaient en train de mettre à sac toute la côte (...) le sud-ouest de l'Angleterre avait perdu « 27 bateaux et 200 personnes ». Au nord de Cornouailles une deuxième flotte (...) avait (...) investi l'île de Lundy, au large de Bristol, et hissé l'étendard de l'islam. L'île leur servait désormais de base fortifée pour attaquer les villages sans défense de la région. (...) Quand arriva la fin du terriblé été 1625, la maîre de Plymouth estima qu'un millier d'embarcations avait été détruites, et autant de villageois réduits à l'esclavage.
(...) Les Hornacheros et leur cohorte de renégats constituaient une force redoutable et hautement disciplinée qu'on appela en Angleterre les « bandits de salé ». Cependant, pour leurs frères musulmans, ils étaient des al-ghuzat, titre autrefois réservé aux soldats qui s'étaient battus aux côtés du prophète mahomet-, des hommes dignes de respect et d'amiration car ils menaient une guerre sainte contre les chrétiens infidèles.
« Ils vécurent à Salé, et leur Djihad martime est désormais célèbre, écrit le chroniqueur arabe al-Magiri. Ils fortifièrent Salé et construisirent ses palais, ses maisons et ses thermes. » Les corsaires de Salé apprirent rapidement à maîtriser le maniemment des voiles carrées, ce qui leur permit de pousser leurs raids plus loin dans l'Atlantique Nord, et ne tardèrent pas à disposer d'une flotte de 40 vaisseaux. Ils pillèrent allègrement , attaquant villages et ports le long des côtes d'Espagne, du Portugal, de France et d'Angleterre. L'un d'eux, Amurates Rayobi, à la tête de plus de 10 000 guerriers, écuma sans pitié les côtes espagnoles. Enhardis par ce succès, les al-guzat s'en prirent aux navires de commerce qui traversaient le détroit de Gibraltar. (...) Entre 1609 et 1616, le nombre de navires marchands anglais tombés aux amins des corsaires atteignit le total stupéfiant de 470 !
(...)
Leur chef spirituel, Sidi Mohammed el-Ayyachi était un marabout rusé, révéré par les marchands d'esclaves de salé. Homme pieux et habile en politique, il possédait un charisme qui inspirait une loyauté farouche à ses disciples, lesquels appréciaient tout particulièrement sa haine du christianisme. Il se vanterait plus tard d'avoir causé la mort de plus de 7600 chrétiens.
(...) Un des corsaires les plus féroces (...) Mourad Raïs (un ex-hollandais converti) (...) mena une extraordinaire expédition de pillage en Islande (...) Reykjavik (..) Raïs saccagea la ville. Il revint triomphant avec 400 esclaves islandais, hommes ,femmes et enfants. En 1631 il débarqua avec une armée de 200 soldats musulmans dans le village de Baltimore ( irlande du Sud) (...) captura 237 hommes, femmes et enfants qu'il emmena à Alger(...)
Négociations pour libérer les esclaves anglais contre de l'armement:
« Pâles, affaiblis par la faim et la dysentrie après avoir passé des mois dans des cellules souterraines, ces survivants en haillons étaient l'incarnation de la souffrance.(...) ils avaient été forcé de vivre dans une semi-obscurité dans leur propre saleté et excréments. La nourriture était abominable – un peu de pain sec et d'eau- (...) battu quotidiennement pour (...) forcer à devenir Turc ».
(...) Le sultan « faisait battre les hommes presque à mort en sa présence (...) il les forçait à courir sur des cailloux et des épines. Certains (...) avaient été trainés par les cheveux jusqu'à être mis en pièces. D'autres avaient même été démenbrés alors qu'ils étaient encore vivants, leurs doigts et orteils coupés aux articulations; bras et jambes, tête,etc
En dépit des traités qu'ils avaient signés, les bandits de salé continuèrent à piller les navires anglais au cours de la deuxième moitié du XVIIème siècle.
En 1672 le sultan régnant mourrut. L'un de ses 83 frères, Moulay Ismaël, l'un des plus proches prétendants au trône, s'empara du trésor de Fès, se proclama sultan et selon les dires, fêta sa premièer jourée au pouvoir en massacrant tous les habitants qui refusaient de se soumettre à son autorité.
Fourberie et trahison étaient une seconde nature chez cet homme qui avait grandi dans un pays fracturé, divisé en royaumes ennemis par d'amers rivaux; seigneurs de guerre sanguinaires, mercenaires et religieux fanatiques éliminaient continuellement leurs adversaires afin de pouvoir régner en despotes (...) ils pillaient sans merci, et, disposant d'esclaves européens pour les servir, ils vivaient dans un luxe considérable avant d'être évincés à leur tour (...).
Moulay Ismaël : une famille de noble origine et d'ascendance illustre, qui comptait parmi ses ancêtres al-Hasan bin Kacem, un sahrif , un descendant du prophète Mahomet. Cela leur conférait une certaine aura de sainteté que Moulay Ismaël allait expoiter avec aplomb par la suite.(...)
Moulay se montrait rarement généraux envers les individus faits prisonniers sur le champ de bataille. Quand la ville de Tarounda tomba aux mains de ses troupes, il captura 120 français. Après les avoir examiné sur toutes les coutures, il les jugea trop gras et ordonna de les priver de nourriture pendant un semaine. Puis, comme ils pleuraient tant ils souffraient la faim, il les expédia à pied à Meknès. Un de ces esclaves , Jean Ladiré, fera plus tard le tragique récit de sa vie au père Dominique Busnot. Ladiré avait alors passé plus de 30 an en captivité, mais il se souvenait encore clairement de cette épouvantable marche. Il y avait presque 500 kilomètres entre Tarounda et Mecknès, et beaucoup des captifs, enchainés et entravés, souffraient de dysentrie. Plusieurs d'entre eux s'effondrèrent, morts de fatigue et les survivants furent contraints de porter leurs têtes que les conducteurs avaient coupés, de peur d'être accusés de les avoir vendus, ou laisser s'échapper.
Moulay Ismaël nourrissait aussi le rêve ambitieux de rétablir le prestige du Maroc et de faire de son pays l'égal des grandes puissances européennes. Il comprit que la capture de nombreux esclaves européens lui donnerait précisémment l'instrument de pression qu'il désirait. Il pourrait demander rançon aux monarques européens et les forcer à envoyer des émissaires à Mecknès, la sébile à la main. Et c'est ce qui arriva...
A SUIVRE ... à la rentrée !
ENKI40




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