Moulay ismaël , même à l'âge de 70 ans , « était toujours prêt à faire montre de sa dextérité à l'épée, et (...) l'un de ses diverstissements ordinaires est dans le même temps de monter à cheval, de tirer son sabre et de couper la tête àl'exclave qui lui tient l'étrier ».(p.87)

Thomas Pellow (...) peu après son arrivée fut donné par l'empereur à Moulay es-Sfa, un de ses fils favoris.

C'était la pire des nouvelles. Moulay es-Sfa était un triste individu qui ne cachait pas son mépris pour ses esclaves européens. On ignore pourquoi il choisit le jeune Pelllow, car il n'était certainement pas à court d'esclaves. Il lui confia des tâches futiles, le faisant « courir du matin au soir derrière son cheval ».

Moulay es-Sfa observait de près son nouveau captif et ne tarda pas à se rendre compte que c'était un enfant exceptionnellement brillant. Au lieu de le battre, comme il en avait l'habitude, il s'amusa à essayer de le convertir à l'islam. Irrité par le refus de Pellow il tenta d'obtenir sa conversion en le soudoyant, mais en vain. Finalement , écrit Pellow « il m'enferma dans un de ses propres appartements, m'y gardant plusieurs mois aux fers, et me bastonnant chaque jour avec une extrême brutalité. »

Ce châtiment, largement utilisé en Barbarie, est bien connu.

Les chevilles de l'esclave condamné étaient ligotées, et il était suspendu la tête en bas de sorte que son cou et ses épaules reposent tout juste sur le sol. « ensuite arrive un (autre) coquin robuste et vigoureux, écrit William Okeley, captif britanique à Alger, qui lui donne autant de violents coups sur la plante des pieds que lui ordonne le conseil ». Ailleurs en Afrique les esclaves étaient habitués à reçevoir 40 ou 50 coups; au Maroc, on leur administre souvent beaucoup plus. Mouilay es-Sfa appliqua lui-même le châtiment à Pellow, prenant plaisir à le rouer de coups, au point que pellow perdait parfois connaissance. Il se mettait dans une rage terrible « criant furieusement en langue maure: « Shehed ! Shehed! Cunmoora, Cunmoora! Fais-toi Maure! Fais-toi Maure » en levant le doigt ». Ce simple signal – un doigt levé vers le ciel- était tout ce qui était requis des esclaves chrétiens pour signifier leur accord à l'apostasie. Pour beaucoup de musulmans c'était la preuve qu'ils reniaient la sainte Trinité.

Des semaines durant, Moulay es-Sfa tourmenta son jeune escalve. « On le priva de nourriture pendant des jours entiers. Puis quand il fut enfin autorisé à manger, on ne lui donna que du pain et de l'eau »;

Ce traitement n'avait rien d'exceptionnel. Dans toute la Barbarie des propriétaires d'esclaves faisaient pression sur ces derniers. Ils s'intéressaient plus particulièrement aux plus jeunes et la possession d'esclaves convertis leur conférait un grand prestige surtout s'il s'agissait de maçons, de forgerons ou de soldats de métiers.

Héals pour le pauvre Pellow son « maître » voulait absolument arrivé à ses fins fut-ce au prix de sa mort.

« Mes tortures redoublèrent encore, le tyran me brûlant la chair, souvent avec une affreuse cruauté »

Finalement, brisé physiquement et moralement « je fus contraint de me soumettre, demandant à Dieu de me pardonner, qui sait que mon coeur n'y a jamais consenti. »

Le pire de ce type d'histoire est qu'en levant l'index vers le ciel, fût-ce à regret, il renonçait pour toujours à sa famille, à son pays et à son passé. Il abandonnait tout espoir d'être racheté par son gouvernement, pour qui les apostats n'étaient pas même digne de mépris.

Ce fut ce que Joseph Pitts, esclave à Alger, découvrit à ses dépens. « Il faut savoir que, quand un esclave chrétien se convertit, écrit-il, il ne peut y avoir aucune rançon pour lui. »



Il n'était pas davantage probable qu'il fût libéré par son propriétaire, comme le croyaient à tort de nombreux convertis. « j'en ai connus qui sont restés esclaves pendant des années après s'être faits Turcs, et même jusqu'à la mort. » rares sont ceux qui étaient traités avec respect après leur conversion à l'islam; Pitts cite son propre cas comme exemple et avertissements. « Je fus soumis à beaucoup de traitements cruels, et puis je fus vendu de nouveau. »

Il était néanmoins que les esclaves convertis soient traités en grande pompe le jour de leur apostasie. Germain Moüette raconte qu'au Maroc, ils « défilaient dans la ville à cheval d'un manière triomphante au sein des tambours et des trompettes ». A Alger, et ailleurs (...) le nouveau converti était habillé de vêtemetns splendides et on lui prêtait un cheval superbement caparaçonné. « Il porte aussi de riches habits et un turban sur la tête », écrit Pitts.

On lui faisait le tour de la ville, escorté par des gardes et des soldats qui tenaient « des sabres dégainés à la main, laissant entendre par là (...) que s'il ( le converti) se repentait et montrait la moindre inclination à revenir sur sa décision(...) il méritait d'être coupé en morceaux ». Certains esclaves convertis racontèrent qu'ils avaient dû se soumettre à une humiliante renonciation du christianisme avant la fin des cérémonies. On les força à « envoyer une flèche sur l'image de Jésus-Christ pour symboliser le fait qu'ils le reniaient comme sauveur de l'humanité ».

L'apostasie de Thomas Pellow avait été obtenue sous la contrainte , le privant de tout droit à une telle cérémonie. Le seul signe tangible de sa conversion fut qu'on lui imposa la circoncision, une opération humiliante et douloureuse qui était souvent effectuée en public. Le père Pierre Dan fut le premier à évoquer cette pratique(...) "à la différence des juifs qui ne coupaient qu'un peu de la peau du prépuce, les musulmans de Barbarie le coupent entièrement, ce qui cause une extrême douleur".

L'opération était souvent bâclée, et provoquait une hémorragie telle que le converti était obliger de garder le lit pendant plusieurs semaines. Une fois complètement rétabli, il pouvait profiter de l'esclave musulmane qu'on ne manquait pas de lui donner pour femme.

Moulay es-Sfa continua à brutaliser Thomas Pellow alors qu'il se rétablissait de sa circonsition, sous prétexe qu'il ne voulait pas porter l'habit marocain. « Je fus gardé 40 jours de plus en prison pour avoir refusé de porter l'habit maure. » Quand les nouveaux coups rouvrirent d'anciennes plaies, il décida que son « obstination stupide » était futile. « Plutôt que de subir de nouvelles tortures, j'obéis aussi, prenant l'aspect d'un mahométan ». Son crâne fut râsé, ses vieux vêtements lui furent enlevés, et on lui donna une longue djellaba en lainage.

A SUIVRE....