À l’origine, les musulmans appellent “gens de la dhimma”les juifs, les chrétiens et les zoroastriens, “religions du Livre”ou considérées comme tels. Ils bénéficient d’un régime de relative tolérance, assujettis cependant à certaines contraintes, comme le versement d’une taxe. Aujourd’hui, “la dhimmitude comme état d’esprit et d’action est caractérisée par la soumission et la peur, l’acceptation de l’humiliation et la dépersonnalisation, l’inhibition et le fixisme, la vulnérabilité, la servilité et la fausseté”, témoigne Mgr Jean Benjamin Sleiman, archevêque de Bagdad depuis 2000, à travers son livre “Dans l’enfer irakien”.

Les origines de la dhimmitude remontent loin. Au fil des siècles, les croyants des minorités religieuses ont peu à peu été relégués au second plan. Suivant le commandement du Coran: “Ô vous qui croyez, ne prenez pour amis ni les chrétiens ni les juifs” (5,51). Des mesures vexatoires sont prises à leur encontre. Sous la recommandation du juriste musulman Mâwardi (11esiècle) par exemple, il leur est fait interdiction de monter à cheval. Leurs édifices religieux doivent toujours être moins élevés que les mosquées. Les femmes ne peuvent aller librement

Payer les pots cassés

Depuis la chute du régime de Saddam Hussein, la situation empire, les exactions et les intimidations se multipliant à mesure que s’installe le chaos. Les chrétiens sont victimes d’extorsion de fonds, de menaces et d’enlèvement. Les débits de boisson sont fermés, les coiffeurs chrétiens ne peuvent plus professer, des attentats sont perpétués contre les églises. Face à de telles agressions, les minorités religieuses sont démunies car, sous le régime du Raïs, elles n’ont eu d’autre choix que de s’accoutumer à la veulerie.

“Pour se protéger,les dhimmi ont versé dans la flatterie. Pour se faire bien voir,ils ont même pratiqué la délation.” Enkystées dans leurs mécanismes, les communautés chrétiennes – on compte douze dénominations – ne parviennent pas à faire entendre leur opinion d’une voix unie. Tous, cependant, “paient les pots cassés” lorsqu’il s’agit des tensions créées par le monde occidental. Les bavures des“croisés” américains, mais aussi les politiques européennes en matière d’interdiction du voile, mettent en colère les musulmans, qui se vengent sur les minorités chrétiennes, accusées d’être complices. Débarqués en même temps que les militaires US, les prédicateurs de la nouvelle vague évangélique, faisant preuve d’un prosélytisme agressif, humilient de plus belle les Églises irakiennes.

“Je n’oublierai jamais, témoigne Mgr Sleiman, les propos de ce prédicateur qui disait: Il y a 2000 ans que vous êtes ici. Vous n’avez pas converti les musulmans. Vous avez perdu votre légitimité. Laissez-nous maintenant la place libre.”

Héritage à l’abandon

En 2000 ans d’histoire, pourtant, les chrétiens ne sont pas restés inactifs, rappelle l’archevêque. Et leur dhimmitude est un grave scandale au regard de leur rôle historique et de leur patrimoine foisonnant. Les Églises d’Irak remontent aux apôtres eux-mêmes. À saint Thomas et saint Barthélemy. Les nombreux monastères ont sauvegardé les premiers textes théologiques qui ont inspiré toute la chrétienté. Au 9e siècle, les nestoriens ont donné à l’Irak de très prestigieux chrétiens. Et plus récemment, c’est en partie par les grands Ordres catholiques que la modernité est entrée dans le pays. Les dominicains ont amené la première imprimerie, les carmes les premières écoles techniques et les jésuites ont fondé la première grande université moderne. La dhimmitude des chrétiens d’Irak est une injustice. Leur exode massif est une hémorragie pour le pays. Mgr Sleiman tire la sonnette d’alarme: qu’avons-nous fait de nos frères irakiens?

Dans le piège irakien - Presses de la Renaissance - 21,35 €,port compris, au compte 778-5915762-78 de Dimanche-Service, 20 place de Vannes, 7000 Mons

Source