"On lui a tiré dessus devant le (siège du) journal, il est mort", a déclaré en pleurs à une employée de son hebdomadaire Agos, qui n'a pas pu fournir d'autres précisions.

Selon les chaînes de télévision, au moins deux balles l'ont frappé à la tête et une autre vraisemblablement à la gorge, le tuant sur le coup devant les locaux du journal bilingue, d'expressions arménienne et turque, situés en plein centre de la rive européenne de la métropole, à Sisli.

La police recherche un jeune homme de 18-19 ans portant un béret blanc et une veste en jean, a annoncé la chaîne d'information NTV.

L'agence de presse semi-officielle Anatolie a cité des témoins qui, eux, ont affirmé avoir vu un homme de 25 à 30 ans prendre la fuite.

Hrant Dink, âgé de 53 ans, était connu et respecté dans les milieux démocrates en Turquie.

Il a fait l'objet de plusieurs poursuites en raison de ses propos sur les massacres d'Arméniens commis sous l'empire ottoman, qu'il a, à plusieurs reprises, qualifiés de génocide, une position lui valant l'hostilité des milieux nationalistes turcs. On a pu l'entendre dire à ce sujet :

"Bien sûr je dis que c'est un génocide. Parce que le résultat identifie ce que c'est et lui donne un nom. Vous pouvez voir qu'un peuple qui a vécu sur ces terres pendant 4.000 ans a disparu".

Hrant Dink a notamment été condamné en octobre 2005 à six mois de prison avec sursis pour "insulte à l'identité nationale turque" après avoir appelé dans un de ses articles les Arméniens à "se tourner maintenant vers le sang neuf de l'Arménie indépendante", seule capable, selon lui, de les libérer du poids de la Diaspora.

Au cours d'une autre audience en mai dernier, le journaliste, poursuivi cette fois pour "tentative d'influencer la justice" après avoir commenté le précédent jugement, avait été pris à partie par plusieurs membres d'une association de juristes nationalistes.

Les avocats (ultranationalistes) à l'origine des poursuites, avaient craché sur le journaliste et l'avaient insulté, le qualifiant notamment de "traître", et l'avaient appelé à quitter la Turquie.

Beaucoup de réactions diffusées sur les chaînes de télévision évoquaient une "provocation" visant à créer des tensions en Turquie et à remettre en cause son processus d'adhésion à l'UE, entamé en octobre 2005.

"Hrant Dink était un vrai citoyen turc", a estimé sur CNN-Türk le rédacteur en chef du quotidien à grand tirage Hürriyet, Ertugrul Özkök. "Jamais dans ma vie je n'ai employé de pareils termes, mais je dois dire que son meurtrier est un traître à la patrie".

Des propos bien tardifs.

Car malgré les larmes de crocodile qu’ils versent aujourd’hui, c’est la grande majorité de journaux et de chaînes télévisées turques qui provoquent depuis des années la population turque contre les peuples non-turcs comme Arméniens, Assyriens, Kurdes et Grecs…

Même dans les autres pays comme la Belgique, les missions diplomatiques et les éditions européennes des journaux turcs mènent une campagne haineuse contre tous ceux qui ne s’allient pas à la politique négationniste d’Ankara. Sous l’impulsion de cette campagne, même les élus sur la liste des partis politiques belges sont allés jusqu’à demander le démantèlement du monument de génocide arménien à Ixelles.

L’assassinat de Dink est une des conséquences tragiques de cette campagne qui constitue clairment une incitation permamente à l'assassinat.

Dans un communiqué, le ministère turc des Affaires étrangères a fait part de sa "profonde tristesse", avant de "condamner" et de "maudire cette attaque immonde". Cela montre jusqu'à quel point le cynisme et l'hypocrisie de ces gens là peut aller.

L'ensemble de la classe politique turque a -bien évidememt- dénoncé le meurtre. Face à l'opinion internationale ils ne peuvent guère faire moins. Cela ne doit pourtant pas faire oublier l'essentiel aux citoyens européens : la politique négationniste et haineuse des dirigeants politico-militaires de Turquie qui tentent d'entrer en force - avec les idiots utiles euroturcs - dans l’Union européenne.

Marianne