« Je n’ai pas donné de réponse définitive à ces 110 étudiantes venues de Turquie, parce que je n’ai jamais connu de cas de ce type auparavant et je ne sais pas quelle réponse donner », avoue le doyen.

Plus de 200 jeunes femmes turques ont récemment choisi de poursuivre leurs études universitaires en Bosnie-Herzégovine, où l’attitude face au voile islamique est plus souple et elles tentent maintenant leur chance en Bulgarie. Selon les lois laïques de la Turquie, les fonctionnaires, les enseignantes et les étudiantes ne sont pas autorisées à porter le voile islamique en public.

Seuls quelques rares cas de port du voile étaient apparus en Bulgarie, où une petite communauté musulmane, héritage de l’empire ottoman, n’est pas connue pour son militantisme.

En 2003, Nurdzhan Geirgieva, de Plovdiv, qui s’est convertie à l’Islam en 1998, a créé un scandale en exigeant de porter son foulard sur une photo d’identité. Quand on a refusé de la photographier parce que la loi exige que les photos d’identité montrent le visage, les oreilles et au moins un centimètre de la chevelure, elle a porté plainte auprès de la Cour européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg, mais elle l’a retirée un peu plus tard.

Il y a un mois, deux élèves de Smolian, une ville située au sud de la Bulgarie, dans les montagnes des Rhodopes, ont demandé à venir en classe en portant leurs foulards.( http://www.occidentalis-leblog.info/index.php/?q=bulgarie )

L’affaire est allée devant la commission parlementaire pour la protection contre les discriminations, qui l’a rejetée. Il était clair que le groupe qui avait poussé les jeunes filles à formuler cette demande était l’Association pour le Développement et la Culture islamiques, une ONG fondée par des musulmans ayant fait leurs études en Jordanie. La demande avait donc été rejetée car jugée non représentative de l’opinion de la majorité de la communauté islamique.

De tels cas sont l’exception dans la communauté musulmane de Bulgarie, mais il semble qu’on ne puisse plus faire l’économie d’un débat sur le port du voile à la vue de la récente polémique de Plovdiv.

Le doyen de la Faculté Georgi Paskalev explique que toute l’affaire a commencé quand deux compagnies privées mandatées par la Faculté de médecine pour recruter des étudiants étrangers l’ont contacté pour inscrire respectivement 50 à 60 étudiantes turques.

Pas de loi en Bulgarie

Leur demande de porter le voile n’est pas contraire à la loi en Bulgarie, car les institutions étatiques d’enseignement non pas de régulation sur le port ou non des symboles religieux. Seule la tenue vestimentaire est soumise à un règlement pour les établissements scolaires qui ont adopté le port de l’uniforme obligatoire pour les élèves.

Des experts demandent une législation pour éviter les décisions hâtives pour résoudre une question devenue brûlante aujourd’hui.

« Dans notre pays, l’État et l’Église sont séparés, il n’est pas correct d’autoriser le port de vêtements ou de symboles religieux dans les écoles et les universités », estime Georgi Manolov, professeur d’économie et de gestion à l’université de Plovdiv.

Zhivka Bozhanova, administratrice à l’institut d’agronomie de Plovdiv partage cet avis. Selon elle, il faut une législation plus claire car cette question est trop complexe pour être laissée à des non-experts.

Michail Ekimdzhiev, président de l’Association pour l’intégration européenne et les droits de la personne, une ONG locale, a la même opinion. « D’un côté, le droit à pratiquer la religion de son choix, stipulée dans la Constitution et la Convention européenne des droits de la personne, envisage le droit de porter des vêtements et des symboles religieux spécifiques. Mais, d’un autre côté, de nombreuses universités d’état européennes interdisent le port de symboles religieux », souligne-t-il.

Le Doyen Paskalev admet que l’aspect financier de l’affaire concernant les étudiantes turques a été un incitatif puissant. Mais, dans le même temps, il s’inquiète d’une décision qui pourrait ternir l’image du pays s’il autorisait le port du foulard islamique. « Nous attendons notre adhésion à l’UE et je sais que certains pays européens n’autorisent pas le port de symboles religieux à l’Université ».

Certains de ses collègues ne sont pas en faveur de l’interdiction et penchent plus pour la défense des droits de la personne. « Aucune des institutions d’enseignement n’a de règlement qui interdise le port de symboles religieux et, si l’on doit limiter ce droit, il faut avoir de bonnes raisons pour le faire », affirme le vice-doyen de l’Université de Plovdiv, Zapryan Kozludzhov, qui affirme que plusieurs étudiantes originaires d’Irak venaient déjà voilées aux cours.

Comme la Bulgarie n’a pas introduit d’interdiction formelle du port du voile, des experts pensent que des amendements à la législation existante sont nécessaires pour que l’État dise clairement quelle politique adopter.

Le ministre de l’Éducation Daniel Vulchev a déclaré récemment à la presse que son ministère veillerait à ce que la loi interdise tout signe religieux à l’école et à l’Université.

Ce choix, plus proche de l’attitude de la France que de celle de la Grande-Bretagne, même s’il est approuvé par d’autres institutions étatiques, a de fortes chances de créer de l’animosité dans la communauté musulmane qui vit ici depuis des siècles et qui est beaucoup plus " modérée "(*ndlr) que les communautés d’immigrants musulmans de certains pays occidentaux.

(*) C'est fait comment une communauté musulmane modérée ?

Source :http://balkans.courriers.info/

FM