Nous laissons Muhammad ibn Abdallah dans la force de l'âge, au début d'une carrière commerciale très prévisible. Il est temps donc de s'arrêter sur un aspect du personnage qui a toujours émerveillé hommes (Surtout les hommes; le mécanisme de transfert narcissique fonctionne ici à plein régime, dans des sociétés masculino-viriles; cf. P. Dessuant, Le Narcissime, Paris, 1994. ) et femmes dans le monde musulman: l'apparence du corps de Muhammad, alors qu'il ne se prend que pour un homme. Les superlatifs les plus débridés, les détails les plus intimes (l'emplacement de sa pilosité, par exemple) sont proposés à un public conquis d'avance, et la tradition se révèle intarissable (Ceci distingue clairement la tradition musulmane de celle des chrétiens, qui refuse de décrire physiquement le Christ et qui pourtant le représentent.). Les textes proposés ici ne sont qu'un petit éventail d'un exercice de style qui compense amplement les interdits musulmans concernant l'image. Plutôt qu'une idole, c'est une icône largement fantasmée qui s'offre ainsi à l'imaginaire collectif (La vénération immodérée pour cette image virile et tyraniquement séduisante n'est pas de nature à freiner les comportements homosexuels particulièrement fréquents dans le monde musulman, partout et en tous temps; cf. l'article (anonyme) de l'Encyclopédie de l'Islam, et J. Corrazé, L'homosexualité, Paris, 1994. ) : une fabuleuse floraison fétichiste (P. L. Assoun, Le fétichisme, Paris, 1994.).

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