25 Octobre 732
Par Enki40, mercredi 25 octobre 2006 à 00:27 :: Textes et Articles :: #426 :: rss
Un peuple sans mémoire perd son identité. Un peuple sans passé ne se donne aucune arme pour comprendre les enjeux des conflits contemporains. Il se condamne, en privant la génération future de toute référence, à n'être plus ce qu'il a été et devrait être.
Cela s'appelle scier la branche sur laquelle on est assis. Certes, reste dans un premier temps le tronc, qui donne l'impression de puissance et de pérénité, mais sans branches et donc sans feuilles, sans fruits, le tronc très vite dépérira et l'arbre disparaîtra.
Il faut donc se remémorer. Sans complexe. Sans fausse pudeur. Sans non plus mythologiser le passé. La lecture critique seule est apte à forger la force des convictions. Le passé est un diamant, n'ayons pas peur de son éclat, aussi tranchant soit-il.
Ainsi du symbole de la date du 25 Octobre de l'an de grâce 732...
25 octobre 732

Qui était Charles Martel ? (v 685-741)
Sa fonction et son titre était celui de maire de palais, ce qui signifiait qu’il était à la tête de l’administration royale et ainsi chef de la noblesse. Durant la dynastie mérovingienne, les différents et sucessifs maires du palais s’approprièrent peu à peu le pouvoir royal, profitant en cela de la « lignée » des rois « fénéants » - dont l’autoritée était devenue nulle et le titre purement symbolique - commencée par le non-règne de Clovis II le Fénéant ( ?-657) et terminée par celui tout aussi fantômatique de Childéric III ( 717-753 ou 755). Au cours de cette période, les maires de palais parvinrent à rendre héréditaire leur charge, avant que le dernier d’entre eux, Pépin III dit le Bref, ne s’empare du titre royal et inaugure ainsi la dynastie des carolingiens.
Pépin le bref et son un frère , Carloman, étaient les fils de Charles Martel, dux et princeps francorum, qui n’osa pas s’emparer du trône, malgré l’incontestable réussite de son « règne », dont la fameuse bataille de Poitiers en 732.
Pour résumé, l’histoire retiendra du « règne » de Charles Martel qu’il apparaît comme le premier défenseur des chrétiens et le plus fidèle soutien de la papauté. Mais comme l’histoire est toujours un peu plus complexe que les résumés, essayons de préciser quelque peu, quel fut le contexte de cette fameuse journée symbole du 25 Octobre 732.
Pacification du royaume franc
Aussitôt au pouvoir en tant que maire de palais, Charles Martel fait le ménage autour de lui, installant sur le trône Clotaire IV à la place de Chilpéric II ... Puis, petit à petit, il reprend le contrôle de tout le royaume franc, triomphant tout d'abord de Rainfroi, le maire du palais de Neustrie (royaume mérovingien correspondant au Nord de la France actuelle), puis du duc d'Aquitaine, Eudes... Pour réunifier le grand royaume franc, il devra à nouveau affronter la Neustrie ; celle-ci, se soumettra définitivement après sa défaite lors de la bataille de Soissons. Il entreprend également de repousser la frontière Est du royaume : de 720 à 738, il conquit ainsi, l'Autriche et le sud de l'Allemagne.
C'est ainsi que sera rétabli le royaume franc tel qu'il était sous Pépin de Herstal (ou d’Héristal 679-714, maire du palais d’Austrasie, royaume mérovingien qui correspond à l’Est de la France actuelle, et dont Charles Martel est le fils naturel).
À la mort du roi « fénéant » Clotaire IV, Charles Martel sera obligé de remettre sur le trône Chilpéric III. Mais celui-ci décède en 721. Charles va alors rechercher, au monastère de Chelles, le fils de Dagobert III, Thierry IV, et l'installe sur le trône.
Arrêt de l'invasion arabe
En 732, il dut affronter les armées musulmanes du gouverneur d'Espagne Abd el Rahman, au cours de la fameuse Bataille de Poitiers ou balat al-shouhada (« la chaussée des martyrs pour la foi ») selon les musulmans…
En effet, depuis 711, les Arabes (et leurs supplétifs berbères) occupaient la péninsule ibérique, et continuaient lentement à avancer vers le Nord, au delà des Pyrénées, si bien qu'en 725, ils avaient déjà conquis le Languedoc et une grande partie de la Bourgogne actuelle et allaient entrer au cœur du territoire franc... Malgré l'intervention du duc d'Aquitaine Eudes, qui les arrêta une première fois à Toulouse, en 721, ils lancèrent en 732 une importante offensive au travers de la frontière franque, dans le but d'aller piller le sanctuaire de Saint-Martin de Tours.
En fait, en 721, fort de sa victoire, le Duc d'Aquitaine voulut prévenir le retour des musulmans d'Espagne en s'alliant au gouverneur berbère de la Septimanie. Le dénommé Munuza, bien que de religion musulmane, était en révolte contre ses coreligionnaires d'Espagne. Eudes lui donna sa fille en mariage. Mais Munuza fut tué en affrontant le gouverneur d'Espagne Abd el-Rahman et ce dernier, dans la foulée, lança une expédition pseudo-punitive contre les Aquitains, trouvant là une excellent prétexte de poursuite de conquête.
Cette fois, le duc Eudes ne pût les arrêter seul, et demanda à Charles Martel de venir à son aide. Les armées de Charles et du duc furent réunies, le 19 octobre 732 à Moussais, sur l'actuelle commune de Vouneuil-sur-Vienne, entre Tours et Poitiers ; Charles, fin stratège, fit tout, dans un premier temps, pour éviter l'affrontement et laissa perpetuer le pillage - les razzias - aux alentours. Ce qui eu pour double effet de saturer de butin les sarrazins les rendant moins mobiles et cupides. Après six jours de ce « régime », la bataille engagée fut assez brève ; les fantassins francs lourdement armés ne firent qu’une bouchée de la cavalerie légère mahométane, et Charles tua leur chef, le gouverneur d’espagne Abd el Rahman.
Selon certains auteurs, c'est suite à cette victoire que Charles fut surnommé Martel, puisqu'il avait violemment écrasé les troupes mahométanes, tel un marteau — le marteau étant à l'époque une arme de combat très crainte. Selon d'autres, profitant de l'affaiblissement du duc Eudes, il s'empare des évêchés de la Loire puis descend dans le Midi qu'il saccage consciencieusement et d'où il chasse les chefs musulmans qui s'y étaient installés quelques années plus tôt.
Les troupes arabo-musulmanes ne sont pas pour autant battues sur tous les fronts. Elles prennent Avignon et Arles en 735, attaquent la Bourgogne. Beaucoup de seigneurs Bourguignons « pactisent » alors avec les Arabes. Charles Martel les refoule dans la vallée du Rhône en 736. En 737, il reprend Avignon avec son frère Childebrand, mais n'arrive pas à prendre Narbonne. Il s'allie aux Lombards pour reprendre la Provence. Tous ceux qui avaient collaboré avec les Arabes sont châtiés et leurs biens donnés aux guerriers Francs. Cet épisode permettra de rétablir la domination franque sur les pays du sud de la Loire, ou une partie de l'Aristocratie chrétienne, notamment en Provence, s’était alliée de manière circonstanciée aux Musulmans, maîtres militaires du moment. Ces derniers s’étant engagé à protéger le Midi contre les attaques des « hordes » Franques aux mœurs considérées alors comme peu « catholiques ». D'ailleurs, Charles Martel doit ses succès en partie à son absence totale de scrupules à l'égard des biens de l'Église : il s'est ainsi emparé de nombreux domaines ecclésiastiques pour les distribuer en bénéfices à ses propres fidèles, ce qui rallie à sa cause une clientèle considérable, et lui permet de financer ses campagnes militaires. Les Arabes ne possèdent alors plus que Narbonne. Ces batailles ont grandement contribué à unifier le royaume franc autour de Charles Martel, préparant incidemment la légitimation du sacre de son fils, le futur Pépin le Bref.
Il faut néanmoins ajouter que cette politique rude, Charles Martel l’a pratiquée avec le plein accord du Pape Grégoire II, conscient des sacrifices à accomplir afin de reconquérir et sauver les territoires envahis par les mahométants, qui auraient rapidement finis par menacer la papauté de Rome elle-même.
De même la déposition du dernier des Mérovingiens, Chilpéric III, se fera avec l’accord du Pape Zacharie (741-752) et quand, en 751, Pépin le Bref est proclamé roi de tous les Francs à Soisson, c’est bien le légat du pape, l’archevêque Boniface, qui le sacrera en l’oignant d’huile sainte, chose nouvelle chez les Francs.
Plus même, puisque qu’en 754, le pape Etienne II réclamera l’aide de Pépin contre le roi des Lombards, Astolf, puis placera Rome sous la protection du roi des Francs et sacrera une seconde fois Pépin, le 28 juillet de cette même année, cette fois-ci à Saint-Denis. Pépin et ses fils reçoivent alors le titre de « patrice des Romains ». Après deux campagnes victorieuses, Pépin oblige Astolf à rendre les territoires conquis (Exarchat de Ravenne, Pentapole), et les redonne lui-même au pape. Avec le duché de Rome, ces territoires constitueront l’Etat temporel de l’Eglise. Un acte fondateur qui n’est certainement pas étranger à l’appellation de fille ainée de l’Eglise…
ENKI40




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