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Monia Haddaoui : « Il y a eu Sohane, il y a eu Ghofrane, il y a eu Shérazade, il y a eu Ilan. Maintenant, ça suffit ! »
Posté le Vendredi 17 mars 2006 @ 00:42:12Posté par occidentalis
Association Occidentalis
Monia Haddaoui : « Il y a eu Sohane, il y a eu Ghofrane, il y a eu Shérazade, il y a eu Ilan. Maintenant, ça suffit ! »

NDLR : Monia Haddaoui a contacté France-Echos pour que nous l'aidions à médiatiser le meurtre de sa fille, lapidée, en France, dans l'indifférence des pouvoirs publics qui refusent de regarder la réalité en face. Lisez cet interview jusqu'au bout, il nous donne des raisons de nous battre.

Novembre 2005. FPB reçoit un courrier. « Je suis la maman de Ghofrane, je réagis à votre article paru dans france-echos.com. Ghofrane a bel et bien été lapidée par trois petits mineurs, l'autopsie prouve que la cause du décès semble être en rapport avec un polytraumatisme de la boîte crânienne et du massif facial. »
« Pour confirmation, un des assassins dit dans ses aveux : "j'ai lapidé Ghofrane pendant 5 à 10 minutes en lui jetant des pierres ou rochers trouvés sur place."

Dans tous leurs aveux, ils ont avoué avoir jeté, lancé, et s'être acharnés sur la tête de ma fille.

Je vous précise que contrairement aux services judiciaires qui n'avaient prélevé que quelques malheureux petits cailloux, j'ai moi-même ramassé des pierres et rochers sur place et montré sur Canal Plus.

Cette enquête que j'ai menée m'a permis également de retrouver et de livrer à la justice deux autres participants au crime Y et Z. »

 

(Nous ne pouvons donner l'identité des présumés assassins, mineurs au moment des faits. Nous les appellerons X, Y et Z.)

« La justice a emprisonné X et Y. Z s'en est sorti pour non-dénonciation du crime car il s'est confié à un juge pour enfant et grâce à ça il a été libéré.

(…)



J'aimerais rentrer en contact avec vous car il est pour moi inadmissible de ne pas faire savoir au grand public ce qui s'est passé ce 17 octobre 2004 et de craindre que tous les participants au crime, car il y en a d'autres y compris du sexe féminin (preuve médicale à l'appui) et tous venant de foyer pour jeunes délinquants et aux frais du contribuable, ne soient pas inquiétés et faire aussi éclater au grand jour le fait qu'ils soient déjà récidivistes et d'origine maghrébine contrairement à ce qu'on a bien voulu nous faire croire au début de l'enquête.
Mon téléphone est le 06.XX.XX.XX.XX. Comptant sur votre appel, je vous remercie d'avance de l'aide que vous voudrez bien m'apporter. »

Rendez-vous est pris. Nous rencontrons Monia Haddaoui dans un café de Marseille. Elle a apporté l'épais dossier qui ne la quitte plus depuis un an. Coupures de presse, témoignages, lettres, preuves, photos, tout y est, même les deux dessins de Steph Bergol. Et Monia parle, beaucoup. Elle a les idées claires. Elle poursuit inlassablement sa quête, malgré tous les obstacles rencontrés, les pressions, la lassitude, la ruine financière, le travail. Son seul objectif : qu'une « justice juste » soit faite, et que « la vérité » soit connue. Il faut comprendre, pour soi, pour la mémoire de Ghofrane, et aussi pour que cesse la barbarie.

Monia veut qu'on parle de sa fille, encore et encore, jusqu'à ce que la vérité perce la chape de plomb, qu'elle la pulvérise, qu'elle éclate au grand jour. Nous tombons d'accord sur le principe d'une interview sans tabous. Mais il faut attendre, d'une part que certaines étapes de la procédure judiciaire soient passées, et d'autre part que Monia organise son histoire, ses notes, ses documents. Nous restons en relation. Les bonnes et les mauvaises nouvelles se succèdent.

Et puis Monia nous rappelle début mars. Le moment est venu. L'enquête prend un tour favorable. La reconstitution a eu lieu. Le procès est prévu pour fin 2006 ou début 2007. Monia termine un livre où elle raconte l'histoire de Ghofrane et son propre combat. Seule ombre au tableau : la famille Haddaoui n'a toujours pas déménagé. Elle vit encore à Belsunce, près du Centre Bourse et de la Canebière, dans le quartier de Ghofrane, dans l'appartement où a vécu Ghofrane, qu'elle a quitté un soir pour ne plus jamais revenir.

Nous sommes accueillis par les sœurs de Ghofrane. Dans le sobre salon à la tunisienne, Malika la voisine est là, ainsi que « Johnny », l'ami « français », le filleul de la famille, le frère adoptif. Monia est absente. Elle court encore à droite et à gauche, toujours pour la même raison : enquêter, chercher, trouver des preuves, des contre preuves, des documents, de témoignages pour établir la vérité sur le meurtre de sa fille. « Tata » Malika et les filles nous racontent leurs certitudes, leurs doutes, leurs angoisses. Elles sont étonnamment calmes, mais ont cette rage de vouloir comprendre aussi pourquoi et comment la grande sœur est partie un soir et a fini ses jours lapidée dans un terrain vague des quartiers Nord. Elles passent en revue les proches des meurtriers présumés. Ce sont des voisins, elles les rencontrent tous les jours dans le quartier. Des doutes se portent sur ceux qu'on juge « pas très catholiques », mais le mystère demeure : l'enquête n'a pas pu faire parler les suspects. La loi du silence est encore la plus forte et il a fallu bien des arguments, parfois sonnants et trébuchants, pour faire tomber Y et Z.

Malika et les sœurs de Ghofrane nous interrogent sur les tortures et le meurtre d'une autre victime de la barbarie : Ilan Halimi. Les similitudes macabres entre les deux horribles affaires apparaissent. La barbarie a franchi une étape : celle du sadisme. Pourquoi ?

La maman de Ghofrane arrive, toujours accompagnée de ses dossiers. Elle nous raconte les derniers éléments de l'enquête, de son enquête. L'ambiance est lourde mais chaleureuse. La famille Haddaoui respire la bonne éducation et l'amour. Ghofrane est morte. La mort n'est plus tabou pour sa famille, sauf peut-être pour les petits frères trop jeunes. Mais l'esprit de la fille aînée est toujours là. Ses photos sourient sur les murs. Dieu était mort en même temps que Ghofrane chez les Haddaoui. Puis il est revenu ; on avait aussi besoin de lui.

Monia est fatiguée. Elle se lève très tôt pour faire des ménages, aidée de l'une de ses filles. Elle repartira au travail dans la soirée. Et tout son temps libre, si on peut dire, est consacré à un seul but : faire la vérité sur la mort de Ghofrane et préparer le procès. Toute la famille la soutient et l'aide. Nous proposons à Monia de reporter l'interview. Elle refuse. Elle veut parler maintenant. Elle puise dans ses insondables réserves la force de raconter une fois de plus l'indicible histoire et ses incroyables péripéties.


Voilà, tout ce que je vous ai dit : moi je cherche une justice juste et équitable. Tout ce que je cherche : une justice juste et équitable.

Le plus gros travail, c'est moi qui l'ai fait. J'ai cherché des témoins, j'ai présenté les accusés à la justice. Tout ce que j'espère, c'est qu'ils trouvent d'abord tout le monde, parce qu'il y a deux ADN qui sont non identifiés. Et je veux savoir pourquoi ils ont choisi de lapider Ghofrane surtout qu'ils disent eux-mêmes qu'ils avaient l'arme qui a servi à voler la Smart.

France-Echos : Ils avaient une arme ?

Oui, ils ont dit qu'ils étaient armés. Ils ont choisi la sentence avec des pierres. Ils l'ont choisie.

F.E. : Ca a été un choix délibéré ?

Oui, oui, c'était un choix. Même ma voisine qui est là devant vous, vous le dira. Ghofrane, elle était comment ? Elle ne sortait jamais. Elle était tout le temps là. Son secteur il est là, au Centre Bourse. C'est parce que ces jeunes, ils ont la haine envers la société. Toute cette haine qu'ils ont envers les gens, envers la société, ils l'ont manifestée, mais avec des pierres.

Je viens d'acheter un livre, le Code Pénal qui dit : s'il y a un acte de barbarie, un vol crapuleux en réunion, la minorité elle saute. J'espère qu'elle va sauter, j'espère ! Tout ce que j'espère, c'est que les juges prennent en compte en considération l'acte de barbarie. S'ils ne veulent pas l'accepter, qu'ils s'adressent à Larousse, alors ! Qu'ils portent plainte contre Larousse. Parce qu'être « tuée à coup de pierres », c'est être lapidée. Surtout qu'un des garçons dit : « j'ai lapidé Ghofrane ». En plus, l'autopsie dit (je vais vous lire une copie) : « Les causes du décès semblent être en rapport avec un polytraumatisme de la boîte crânienne par jet de pierre à l'origine de la fracture de la boîte crânienne et du massif facial. »

(Malika nous avait expliqué l'état de la tête de Ghofrane qu'elle découvrit à la morgue. Les plaies, les contusions, le crâne défoncé, un œil énucléé, une oreille arrachée. Monia poursuit sa lecture.)

« De la partie haute du parc jusqu'au corps, il est retrouvé sur le sol des traces de sang avec des pierres ensanglantées. » (Monia insiste : « des E.S. pierres E.S. ensanglantées E.S. ») « Dans l'une des flaques de sang, plus importantes que les autres, il sera retrouvé deux dents. Près du corps, au niveau de la tête, on note également la présence de plusieurs pierres (E.S.) ensanglantées (E.S.) ainsi que des projections de sang sur la clôture. En retournant le corps, on retrouve l'empreinte de la tête dans le sol avec la présence d'une flaque de sang. »

Toutes ces pierres dont parle le relevé de corps, elles sont jusqu'aujourd'hui chez moi. Je ne comprends pas pourquoi il n'y a eu que trois pierres ramassées par les enquêteurs. « Des faits concrets », comme me dit le procureur. Des faits concrets : pourquoi il n'y a eu que trois pierres ramassées ? Pourquoi ? Je veux savoir. Dans le texte des conclusions de l'ADN pathologique, je vois l'ADN de trois pierres. C'est vrai que les autres ont été filmées. Mais moi je veux des preuves concrètes. Pourquoi elles n'ont pas été ramassées ? Je veux savoir. Tout le monde peut se tromper. L'erreur est humaine. Tout ce que je demande : « Madame Haddaoui, on s'excuse. On a oublié de ramasser des faits concrets. »

(Une fille va chercher les pierres, conservées dans un couffin. On voit les taches brunes du sang séché, et des cheveux de Ghofrane encore collés.)

F.E. : Il faut que le travail soit fait de manière à ce qu'il n'y ait pas de doutes possibles ? Et là, visiblement…

Voilà. Moi j'ai fait le travail, j'ai ramassé les pierres. C'est vrai que j'aurais dû les remettre [à la justice] début 2005. C'est vrai que j'étais malade, que je me suis occupée de ma famille. Donc maintenant je veux qu'ils récupèrent ces pierres.

F.E. : On peut revenir sur le début de l'affaire ? Le premier suspect, X, a été arrêté comment ?

D'abord, la bonne chose qu'a fait le commandant, c'est de l'arrêter majeur. Je sais maintenant pourquoi : arrêté mineur, on n'aurait rien pu en retirer. Il a été arrêté parce qu'ils ont trouvé qu'il se promenait avec le portable de ma fille. Il a été arrêté pour vol de portable. Il a été convoqué pour un différend de voisinage, et lors de cette convocation, il a été arrêté pour le meurtre de ma fille. Mais il a voulu jouer le crime passionnel. Il a dit qu'il était seul à l'avoir lapidée. Il a voulu manger la gamelle tout seul.

F.E. : Alors, qu'avez-vous fait ?

D'abord j'ai installé le téléphone arabe dans tous les quartiers. Mon fils s'est occupé d'une cellule « quartiers Nord ». On a sensibilisé tout le monde et on a fait bouger radiotrottoir. Allo, téléphone arabe ? Et quasiment tous les soirs, j'étais dans la rue. J'étais omniprésente dans leur quotidien. Jour et nuit. Ils s'arrêtaient de voler ici ? Je les rattrapais à l'Opéra. J'étais tous les jours avec eux. Et les jours où je n'avais pas d'argent, que je pouvais pas « travailler », j'avais la photo de Ghofrane, j'étais assise. Tous les jours, de jour comme de nuit.

(On doit expliquer. Par « travailler », Monia veut dire ici : « enquêter ». Et les jours où elle n'avait pas d'argent pour rétribuer les informateurs, elle ne « travaillait » pas, si l'on peut dire. Mais elle se plantait dans la rue en montrant la photo de Ghofrane, dans l'espoir d'un témoignage spontané. Tout ce « travail » a ruiné Monia, qui a payé de sa seule poche tous les frais de son enquête personnelle. Les sœurs de Ghofrane nous expliqueront que ce « travail » a aussi ruiné la santé de leur mère. Mais Monia a trop de pudeur pour le confirmer.)

Finalement, mon fils a sensibilisé des filles, et moi j'ai sensibilisé des garçons. On a eu en tout cinq témoins. Dès que j'ai fait une deuxième manifestation, j'ai vu le substitut du procureur. Il m'a dit : « Non, il y a un seul [coupable]. Tout ça, c'est dans votre tête. Il n'y a pas d'autres suspects. Ce n'est pas vrai. » C'est là que grâce à Ni Putes Ni Soumises, on a fait du remue-ménage, et ils ont attrapé Y et Z. Maintenant il faut qu'ils attrapent tout le monde, parce qu'il manque encore des autres. Z s'en est sorti avec « non-dénonciation de crime ».

F.E. : Et Y est toujours en prison ?

Oui.

F.E. : Et vous m'aviez dit qu'il ne fallait pas dire que Ghofrane a été lapidée ?

Non, non, « pas lapidée, c'est un homicide volontaire »

F.E. : Qui vous a interdit de parler de dire que c'était une lapidation ?

D'abord les mosquées.

F.E. : Quelles mosquées ?

Toutes les mosquées, là, du premier [arrondissement].

F.E. : Et qu'est-ce que les mosquées ont à voir là-dedans ?

Parce qu'ils m'ont dit : « Ils vont dire que c'est des musulmans, qu'ils ont lapidé une fille. Il ne faut pas parler de lapidation. » Après, j'ai reçu des courriers dans ma boîte aux lettres, des lettres de menace : « Ne parlez plus de manifestations », « trois manifestations c'est trop », « il n'y a pas que votre fille qui est morte, des milliers ont été assassinées », etc. Il fallait que je la mette en veilleuse, que je ne parle plus. Même le procureur m'a dit : « Ce n'est pas une lapidation. Rien ne prouve que c'est une lapidation. » Or dans notre Coran, il n'a jamais existé une lapidation. Je ne critique pas l'islam. Je suis moi-même musulmane d'origine.

F.E. : Donc finalement par votre enquête de terrain vous avez trouvé deux autres noms, et c'est vous qui les avez livrés à la police ?

On a livré les témoins et grâce aux témoins, Y et Z ont été arrêtés.

F.E : Et ils ont tous deux reconnu les faits ?

Oui, ils ont reconnu. Mais par contre Z a été libéré sous contrôle judiciaire. J'ai justement vu le juge pour son contrôle judiciaire parce que tous les jours, Z est au Centre Bourse [un centre commercial], et il est au Vieux Port en train d'agresser les gens. Donc lui s'en est sorti grâce à une loi qu'on appelle « la loi des repentis », mais apparemment il n'est pas repenti. Il continue ses exactions aux alentours du premier arrondissement. Alors son « contrôle judiciaire », qu'est-ce qu'il fait ? Je ne sais pas.

F.E. : Et les trois prévenus sont des récidivistes, m'avez-vous dit ?

Ce ne sont pas des récidivistes, ce sont des multi-récidivistes. C'est des plus que trois fois récidivistes.

F.E. : Ils faisaient partie d'un centre de jeunes délinquants ?

Deux des prévenus étaient suivis par l'A.M.O. et par les services sociaux, et le troisième par un juge pour enfants. Ils commettent actes de délinquance sur actes de délinquance. Parce qu'avant ma fille, ils ont cambriolé. Avant ma fille, ils ont agressé. Avant ma fille, il y a eu le vol de la Smart avec une arme. Et après, il y a eu le crime.

F.E. : Combien de temps avant ?

Avant qu'ils tuent ma fille ? Ils ont agressé le jeune de la Smart deux semaines avant.

Donc maintenant qu'est-ce que je demande ? Je suis contre la peine de mort. Je suis contre la torture. Mais au moins, qu'ils subissent plus de pression.

Je veux la vérité. J'ai besoin de consommer mon deuil. Le deuil de ma fille, je le porterai toute ma vie. Mais je veux savoir, dès le début, pourquoi les pierres n'étaient pas ramassées ? Pourquoi il manque encore (je sais qu'il manque) des présumés ? Il y a même une fille qu'ils ne cherchent même pas. Il y a une trace d'une fille, mais ils ne trouvent pas la peine de la chercher.

F.E. : Et le procès aura lieu en octobre ?

A priori, ou en novembre 2006 ou en mars 2007.

F.E. : Vous pensez que l'enquête aura avancé d'ici là ?

J'espère, j'espère ! Je fais appel à votre site, j'espère qu'avec votre site ça va avancer quelque chose. J'espère que la Ligue Internationale des Droits de l'Homme me contacte. J'espère que ceux qui s'occupent des droits humanitaires me contactent, parce que Ghofrane a subi un acte de barbarie. On n'appelle pas ça un homicide volontaire. Elle n'est pas morte par un couteau ni par un revolver. Elle a été torturée. Ma fille s'est vue mourir. J'espère qu'au moins la justice reconnaîtra cet acte de barbarie.

(On apprendra que Ghofrane a été droguée avant d'être amenée au terrain vague en voiture. Mais elle était consciente au moment de la lapidation et a même essayé de résister. Elle a agonisé longtemps, seule dans la nuit.)

Je ne cherche à faire d'amalgame avec personne. Je ne cherche à accuser personne. Tout ce que je veux, c'est une justice juste et équitable. On vit en France, ma fille est française. J'ai toujours marché droit. La première fois de ma vie que je vois un juge, c'est pour Ghofrane. Je n'ai jamais eu de démêlés ni avec la police ni avec la justice, malgré que j'avais des bars. Je n'ai jamais eu de problèmes. Je faisais ma propre police.

Que je perde tout, je l'accepte. C'est les épreuves de la vie. Que je fasse des ménages maintenant, c'est un honneur pour moi. Il n'y a pas de sots métiers. Je n'ai pas envie de gagner ma vie ni avec le RMI ni avec les aides sociales. J'ai fait même des demandes pour déménager de cet appartement. Je paie 850 euros et je ne veux plus. Ma fille est malade, mes enfants sont malades. On voit l'image de Ghofrane tous les jours. J'ai fait des demandes, je suis salariée, j'ai des fiches de paie, mes enfants travaillent. Et ils ne me trouvent même pas un appartement, vous rendez-vous compte ? Pour déménager dans le privé, il me faut de l'argent et je n'ai pas. Je ne peux plus rester dans cet immeuble. Je n'en peux plus, de croiser Z tous les jours devant mes yeux. J'ai fait la demande à la Mairie, pour pouvoir prendre un appartement sécurisé dans le sixième ou le septième arrondissement. Je le mérite, quand même. Je travaille. Alors mes fiches de paie ne correspondent pas à des minima pour des HLM, et pour du privé il me faut la caution, il me faut du liquide et je n'ai pas. Je gagne 850 euros par mois, vous savez, je ne gagne pas des millions.

F.E. : Et vous êtes criblée de dettes aussi…

J'ai 25.000 euros à payer pour l'Etat. J'ai l'Organic, l'Urssaf, la Sacem, l'eau de la Seyne-sur-Mer. J'ai des dettes aussi ici et je n'arrive pas à les payer. Je n'ai pas les moyens, je n'ai pas. Je veux bien payer, mais petit à petit. Ou au moins qu'on résorbe mes crédits. Parce que ce n'est pas de ma faute si ma fille est morte ! J'avais mon bar, j'étais bien. Ce que je gagne par mois, je le gagnais parfois le week-end. Je n'ai jamais rien demandé à personne, moi. On m'a assassiné ma fille, je me retrouve avec tout ça, donc ce n'est pas normal.

Ce n'est pas normal qu'on loge des RMIstes, et que moi avec mes fiches de paie je ne trouve pas un appartement. Ce n'est pas normal.

Ma fille a été hospitalisée deux mois, elle a failli se suicider. Elle dormait tous les soirs au terrain vague. Et le docteur m'a donné un certificat médical disant qu'il faut qu'elle change de maison. Il faut qu'on change d'appartement. C'est vital pour nous de déménager. Et on n'arrive pas à trouver, ou sinon dans les quartiers Nord. Et je m'excuse, je ne peux pas habiter dans les quartiers Nord.

F.E. : Pourquoi ?

Je ne peux pas. Mes enfants travaillent. Mon fils est éducateur sportif. Ma fille travaille. Elle, [désignant sa fille] elle a son docteur, elle a besoin de soins. Et tous mes chantiers sont par-là. Et même, les quartiers Nord je ne peux pas habiter. Ca me fait trop loin, je ne peux pas. Je paie 850 euros. Je peux donc me permettre de payer 850 euros mais dans un cadre beaucoup plus serein. Parce que mon adresse est connue par tous les journalistes du monde, je suis tout le temps harcelée…

F.E. : Vous avez reçu des menaces aussi. De qui ?

Je ne sais pas. Des gens, des lettres, écrites en arabe et en français.

F.E. : Et ils voulaient quoi ?

Que j'arrête. Que je ne parle plus de lapidation. Même des imams ont donné des conférences. Mon fils a entendu. Mais moi j'aurais bien voulu qu'ils viennent me le dire que ce n'est pas une lapidation, que ce n'est pas vrai. Au moins, je leur colle les papiers que j'ai à la figure. Alors que vous voyez, vous avez vu les copies. Je ne vous mens pas, Messieurs, je ne vous raconte pas des bêtises. Je vous dis la vérité.

Mais vous savez, il y a la justice des pauvres, il y a la justice des riches. Moi je suis qui, pour m'attaquer à la justice ?

F.E. : Vous soulevez des questions que personne n'a envie d'entendre en ce moment, peut-être.

(…)

En Tunisie, je n'ai jamais vu ni ma mère ni ma grand-mère ni mon arrière-grand-mère porter le foulard. Il y avait des Juifs, il y avait des Maltais, il y avait des Italiens, et c'est des Tunisiens. Ils portent la nationalité tunisienne. Moi j'ai appris beaucoup de valeurs dans mon pays. J'ai appris le respect.

La France ne m'a pas supportée. Ils n'ont pas supporté une immigration subie. Au contraire, je suis arrivée avec mes diplômes, avec mon argent, je suis arrivée avec mon mari qui a passé bac + 5 ici en France. Il travaillait à Cadarache au centre nucléaire. J'ai travaillé, j'ai participé, j'ai payé mes impôts, j'ai éduqué mes enfants. Je n'ai jamais eu accès au RMI ni aux aides ni à rien du tout. Alors pour que je subisse ça, ce n'est pas correct. C'est injuste.

F.E. : Vous en voulez à la France ?

Non, je n'en veux pas à la France. J'en veux surtout aux politiques. Parce que la gauche essaie de vous ramasser pour des raisons sociales, la droite essaie de vous ramasser pour étouffer l'affaire. Je n'en veux à personne. Au contraire, la France… Vous savez, j'ai eu un commerce à la Seyne-sur-Mer, et j'ai voyagé partout dans le monde, mais je suis amoureuse de Marseille. Je suis française et mes enfants sont français. C'est un choix. Mes enfants sont des Français et je suis très très fière d'être française.

Par contre qu'est-ce que j'ai fait à la France, moi ? J'ai toujours marché derrière un mur, j'ai toujours bien éduqué mes enfants. Tout le monde a des difficultés. Tous, on a eu des enfances difficiles. Mais ce n'est pas pour ça qu'on est devenu des criminels ou des voleurs.

Et il faut ajouter aussi que dans les cités, il y a des gens bien. Et dans l'immigration, il y a aussi des gens bien. Mais simplement, le bon paie pour le mauvais.

F.E. : On voit surtout le mauvais, en ce moment.

On regarde surtout le mauvais.

F.E : Ce n'est pas qu'on le regarde, on le prend dans la gueule.

Mais il y a des gens qui sont bien, vous savez. Il y a des gens qui travaillent, il y a des gens qui sont honnêtes, il y a des gens qui sont corrects. Elle [désignant Malika], son fils est presque juge, pour vous dire. Il a bac + 9. Tous ses enfants travaillent. Voyez, pour vous dire qu'il y a des gens bien.

Moi ce que je trouve, c'est qu'il y a de plus en plus de violence, de plus en plus d'incriminations. Alors où sont les Droits de l'Homme ?

On critique d'autres pays, mais au moins commençons à corriger nos erreurs à nous. Je vous ai dit que j'ai vu à la télé qu'il faut payer 40 euros pour les billets, c.-à-d. que moi si je veux voir ma fille en Tunisie [Ghofrane y est enterrée], il faut que je paie 40 euros pour les pays pauvres. Mais nous aussi on est pauvre ! Il y a la pauvreté en France. Comme vous a dit Malika, il y a des SDF. Il y a des purs Français de pure souche, comme elle disait, qui n'ont rien. Moi j'ai un voisin, Joseph, il habite à la Seyne-sur-Mer, le jour où j'ai perdu ma fille, j'ai partagé mon fond de caisse avec lui. Pourquoi ? Il est français, il a divorcé d'avec sa femme, il n'a plus rien. Il faut qu'il paie au contraire. Et pourtant, c'est un Français. Alors au lieu d'aider les pays pauvres, on s'entraide entre nous ici.

Je ne suis pas contre l'immigration, au contraire. Mais il faut qu'elle soit une immigration choisie. On ne peut plus accepter tout le monde. C'est fini. Ca y est, on est saturé. Il n'y a plus de travail, il y a le chômage, il y a la pauvreté, il y a la délinquance. La délinquance vient d'où ? Elle vient de la pauvreté. Il y a des gens qui acceptent la pauvreté et d'autres non. Donc il fait quoi le jeune ? Il vole, il agresse, parce qu'il y a la misère. Ils prennent l'asile politique, ils prennent l'asile territorial, ils ont des aides, ils font les travestis dehors, ils agressent les gens, et ce n'est pas normal.

Le fils de ma voisine, comme je vous l'ai dit, il a failli mourir il y a quatre jour à l'Opéra. Il n'était pas obligé de secourir le Français, un vrai Français. Il a trouvé quatre jeunes qui ont agressé le Français, il a voulu le secourir, il a eu un coup de poignard. Heureusement qu'il avait une grosse veste qui l'a sauvé. Il aurait pu mourir à cause de cela.

Là, vous voyez le distributeur automatique ? Hier, ils mettaient des P.V. aux voitures. Je suis allée voir la police municipale. J'ai dit : « Qu'est-ce que vous faites ? Vous n'êtes bien que pour mettre les P.V. Allez y voir : il y a des agressions jour et nuit. » Parfois j'envoie Johnny retirer de l'argent, il me dit : « Monia j'ai peur. »

J'avais des amis à (…). C'était des policiers qui ont fait la guerre contre les délinquants. Mais aujourd'hui, qui les attrape ? 30 jeunes au pied des escaliers qui agressent et qui volent. Qu'est-ce que vous voulez que fassent les gens ? Alors les voyageurs ne descendent plus. Et les commerçants ne travaillent plus. Il n'y a plus rien à Marseille. Tout ferme, tout baisse le rideau. Pourquoi ? Parce qu'on se fait agresser dans la rue.

On a envie de se promener dans notre ville en paix. On a envie de profiter de notre Vieux Port. On a envie de manger le poisson. J'ai envie que ma fille sorte en boîte toute seule, qu'elle porte ses bijoux. Je suis tétanisée, je ne peux même plus prendre un portefeuille sur moi. On ne peut plus rien faire. Elle m'a envoyée retirer des sous à dix heures du soir, il y avait des jeunes avec des chiens. Vous rendez-vous compte, des jeunes avec des chiens ? Ca devient le champ des agressions.
Et nous, on dit : STOP les agressions. Il y a eu Sohane, il y a eu Ghofrane, il y a eu Shérazade, il y a eu Ilan. Maintenant, ça suffit ! Nos enfants ont payé, il faut que les autres enfants soient en paix.

Regardez, je vais vous montrer une preuve. Mon fils a été victime d'une agression, et il a été arrêté 44 heures. Pourquoi ? Le jeune a voulu l'agresser avec une batte. Comme mon fils fait de la capoeira, il s'est débattu. Des policiers en civil patrouillaient par là, ils ont vu que mon fils a frappé. Mais c'était pour se défendre. Le jeune qu'est-ce qu'il fait ? Il prend la batte et frappe le civil. Mon fils se fait arrêter 44 heures. J'ai pris le dossier de mon fils et je suis partie voir le procureur. Je lui ai dit : « Ou vous le lâcher, ou je ramène toutes les télés de France chez vous. » Il avait 60 élèves qui sont restés sans prof pendant deux jours. L'assistante sociale a vu son dossier et a dit : « C'est rare de voir un dossier comme ça. Votre fils se comporte dignement. Je n'ai jamais vu un enfant maghrébin avec un casier comme ça. » Mon fils, il a un diplôme de capoeira, un diplôme d'Etat d'animateur sportif et culturel, un diplôme dans la sécurité, et là il travaille sur Aubagne. Il est aussi en train de passer d'autres diplômes et des concours.

Et si je ne m'étais pas mobilisée, mon fils serait entré en prison. Pourquoi ? Parce qu'il s'est défendu. Et mon fils habite toujours là. Et il risque de se faire agresser de jour comme de nuit. On ne peut plus se défendre. On se laisse mourir. Voilà : il faut qu'on se laisse mourir. Mon fils a reçu une lettre : « Vous pouvez demander des dommages et intérêts ». Il a fini l'école, il a eu ses congés, il est parti se recueillir à côté du tombeau de sa sœur à Tunis et il est écœuré, écœuré, écœuré.

Donc ils rendent les gens racistes. On devient raciste. On devient plus raciste que les racistes.

F.E. : En France, les agresseurs ont plus de droits que les victimes.

Ce que je vous demande maintenant. J'ai créé une cellule de soutien pour le procès de Ghofrane. J'espère que les gens vont me soutenirpour le procès. Ca peut être un Paul, un Jacques, un Matthieu, un Cohen, un Mohamed, j'accepte tout le monde et je reçois tout le monde. J'espère que Ghofrane va taper chez vous, et elle va vous dire : « Venez, et soutenez ma mère pour mon procès. »
Moi je veux au moins un procès juste et équitable. C'est tout ce que je demande, moi. S'il y a eu des erreurs, on les étale, comme l'affaire d'Outreau, et qu'ils me disent : « on s'excuse, on s'est trompé ». C'est tout ce que je veux.

Là, à 7 heures du soir, je dois aller travailler. Je rentre à 11 heures du soir.

(Propos recueillis par CDW et FPB)


La famille de Ghofrane est désormais la nôtre. Elle n'a jamais failli dans ses devoirs de citoyens et de Français. Son droit à une vraie justice est donc notre devoir. Très concrètement :

1. Un site web http://www.pourghofrane.com est en préparation, pour servir de base d'informations et de point de contact. Pour éviter toute récupération politique ou idéologique, il sera géré par Monia et les siens.

2. Puis une association « Pour Ghofrane » prendra le relais.

3. Pour proposer votre participation, pour exprimer votre soutien, vous pouvez d'ores et déjà écrire à ghofrane@pourghofrane.com

4. Monia veut rapprocher les familles des victimes de la barbarie. Si c'est votre cas ou si vous êtes une association humanitaire œuvrant dans ce sens, faites-vous connaître à victimes@pourghofrane.com

5. Monia ne l'a pas dit, mais vous l'avez compris : il faut de l'argent pour continuer le combat. Il ne s'agit pas de subvenir aux besoins de la famille Haddaoui, et d'ailleurs elle ne l'accepterait pas. Il s'agit de contribuer fraternellement à son combat « Pour Ghofrane ». L'association pourra recevoir des dons.

6. Marseillais, Marseillaises, vous pouvez aider la famille Haddaoui dans sa recherche d'un logement ? Signalez-vous à logement@pourghofrane.com
7. Amis et partenaires, particuliers et responsables, associations et sites internet, Monia et sa famille comptent sur vous. Relayez leur appel comme vous savez si bien le faire, en France comme à l'international, sur le web, sur les ondes, dans la presse.

Pour Ghofrane.


Charles Dexter Ward
cdw@france-echos.com
Francis Percy Blake
blake@france-echos.com




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  • "Monia Haddaoui : « Il y a eu Sohane, il y a eu Ghofrane, il y a eu Shérazade, il y a eu Ilan. Maintenant, ça suffit ! »" | Se connecter / Créer un compte | 3 Commentaires
    Seuil

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    Re: Monia Haddaoui : « Il y a eu Sohane, il y a eu Ghofrane, il y a eu Shérazade, il (Score obtenu : 1)
    par Marianne le Vendredi 17 mars 2006 @ 06:47:30
    [ Informations sur l'auteur ]
     
    "STOP les agressions. Il y a eu Sohane, il y a eu Ghofrane, il y a eu Shérazade, il y a eu Ilan. Maintenant, ça suffit !"

    Il y a eu aussi Romain assassiné à coup de machette par un clandestin marocain, Patrice Cambron battu mortellement par un groupe de jeunes issus des Dom-Tom, Jean-Claude Irvoas massacré devant sa femme et sa fille par des dealers chances pour la France qui défendaient "leur territoire", Jean-Jacques Le Chenadec qui avait eu le tort de se montrer chez lui devant les guerilléros musulmans, Gaston Malafosse victime du harcelement d'immigrés marocains jamais inquiétés...Et tant d'autre victimes de musulmans ou de personnes de culture musulmane encouragés dans leurs crimes par la dhimmitude de nos élus.

    Il ne faut pas les oublier, cela suffit et justice pour eux aussi, pour TOUTES les victimes médiatisés ou non de la République raciste et islamiste qui se dessine de plus en plus nettement.

    Je sais que ce commentaire peut être mal pris, mais je voulais juste rappeler les victimes que l'on oublie assez rapidement involontairement : ceux qui ne sont pas juifs, qui ne sont pas nés musulmans ou de culture musulmane, ceux qui sont issus de la majorité des français et qui ont très peu de voix pour les défendre...

    Amicalement,
    Marianne


     
    Re: Monia Haddaoui : « Il y a eu Sohane, il y a eu Ghofrane, (Score obtenu : 1)
    par Sorcier le Vendredi 17 mars 2006 @ 07:09:11
    [ Informations sur l'auteur ] http://membres.lycos.fr/gwilkens12/
     
    A la place de la presse "officielle", j'aurais honte de voir le boulot d'information fait par des petits comme nous.

    A la lecture de ce formidable travail d'investigation qui au final fera quand même le tour des redactions, on comprend mieux pourquoi Renaud Donnedieu de Vabres veut interdire les sites d'information comme les notres par internet, non seulement les redacs chef passent pour des incapables, des benis oui-oui a la botte et n'ayons pas peur des mots, des vrais cons.



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